Le roi de Québec

14 octobre 2009

Il est assez facile de savoir quand un politicien est populaire. On accepte de sa part des comportements que nous jugerions inacceptables chez d’autres. Le maire de Québec vit un tel moment de grâce. Sa relative inexpérience en politique, son charisme et ses succès récents en matière d’événements festifs l’ont mis sur un piédestal. Au point de permettre la décomposition de ses rivaux, toutefois amorcée avant son arrivée à la mairie.

Régis Labeaume est donc fin seul. Sa réélection triomphale ne fait aucun doute. Pourtant, un malaise subsiste. Ce maire est un politicien profondément atypique. Il prétend toujours dire ce qu’il pense. Je le crois sur parole. L’ennui, c’est que la distance qui sépare sa pensée de son expression est très courte. Trop courte. Il dit passablement de conneries pour quelqu’un dans sa position. Il a – dans la même semaine – traité les habitants de la Rive-Sud de dangers publics sur les petites routes de Ste-Foy et exprimé le désir de susciter la crainte chez les employés municipaux. Il n’y a pas si longtemps, de telles bourdes auraient été inadmissibles de la part d’un élu. Mais chez ce phénomène politique, tout semble passer.

Cet homme est en osmose avec son époque. Les citoyens ordinaires ne désirent plus voter pour des politiciens qui adoptent la tactique de la cassette pré enregistrée. Les formules telles « Bâtissons la ville de l’avenir, aujourd’hui » ou encore « Unissons-nous pour aller de l’avant » sont définitivement obsolètes. Les gens veulent des leaders, pas des poteaux interchangeables. Mais cette tendance comporte aussi des risques.

Il est assez facile pour un politicien neuf de promettre tout et son contraire, de vilipender l’administration précédente alors qu’il n’a lui-même aucun bilan à défendre. Il s’agit d’un banal populisme, courant en démocratie, et qui permet à n’importe qui détenant du charisme de prétendre à des charges publiques. Labeaume est-il différent ?

Il a d’abord bénéficié d’une conjoncture exceptionnelle. Arrivant en poste après le décès de la populaire Andrée Boucher, il a repris à son compte les principales lignes de cette administration, notamment un certain dirigisme contrôlant. En poste pendant les fêtes du 400e de Québec, il en a retiré une grande aura personnelle, même si les principaux jalons de cet événement avaient été posés avant son arrivée. La croissance de la capitale profite aussi au succès du titulaire de la mairie, mais ce succès économique trouve ses racines dans les efforts entrepris dans les années 1990, notamment la revitalisation du centre-ville, l’amélioration constante des infrastructures et les fusions municipales, qui ont permis d’harmoniser le développement régional.

Régis Labeaume cueille donc les fruits provenant des labours des autres. Cela ne lui enlève pas de mérite personnel, mais explique en partie sa surprenante popularité. Sa prochaine élection nous permettra de constater si ce politicien a la trempe de ses prédécesseurs. Être fort en gueule ne suffit pas pour faire de la politique. À la fin, l’élu est jugé sur ses actes.


Le carrefour

5 octobre 2009

Le débat lancé par le Libéraux provinciaux au sujet de la tarification est intéressant à plus d’un titre. Enfin, les Québécois ne pourront plus fuir le débat de fond sur leur système public. Au-delà des détails sur les services à facturer, nous devons entreprendre un vrai travail de réflexion sur un élément essentiel : quelle est la place des services publics dans une société moderne ? Devons-nous accepter de nous endetter davantage pour maintenir notre niveau de service ?

Tarifier, sans baisser les impôts, revient à donner davantage de moyens (et de pouvoir) à l’État. Que cette option ait été d’emblée privilégiée révèle un vieux réflexe, bien ancré chez la plupart des gouvernements occidentaux. Le problème n’est pas dans le « comment », mais dans le « combien ». Il s’agit de l’équation la plus simple : il existe un manque à gagner pour financer la prestation de services, il faut donc prélever davantage. Le politique évite ainsi une question beaucoup plus difficile : pourquoi la prestation de service coûte-t-elle plus cher ? Quelle est son efficacité réelle et le client (nous tous) en a-t-il pour son argent ?

L’autre possibilité qui s’offre aux gouvernements est tout aussi impopulaire : délester des services. Plus facile à dire qu’à réaliser. Tout le monde a sa petite idée sur les programmes qui devraient être abolis, mais ceux-ci sont rarement les plus coûteux. Si on s’approche des soins de santé ou du système d’éducation, on a droit à une brutale levée de bouclier. Ce sont pourtant les postes budgétaires qui sont les plus dispendieux. L’argent est là, les dépassements aussi.

Alors ? Cette quadrature du cercle est un des phénomènes les plus persistants dans l’histoire politique moderne, celui que les gouvernants hésitent le plus à aborder. Peu importe ce qu’ils vont tenter, ils se casseront les dents. C’est inévitable. L’instinct de survie leur dictera de se rétracter ou d’agir de façon souterraine pour éviter les vagues, mutilant les réformes, achetant du temps par des demi-mesures. Pour se retrouver au même point quelques années plus tard.

Avons-nous enfin atteint le carrefour, celui qui se sépare entre une voie de gauche et une voie de droite ? Entre une collectivisation accrue et un désengagement général de l’État ? Ces deux tendances antagonistes sont-elles inévitables ?


Le trou à marde

28 septembre 2009

Je n’ai pas envie de casser du sucre sur le dos de Montréal. D’autres s’en chargent admirablement. Il faut avoir les oreilles bouchées de cire pour ne pas entendre les rires sarcastiques qui fusent quand on évoque la situation de la métropole, dès qu’on a dépassé Drummondville. Certains animateurs de radio de Québec ont d’ailleurs rebaptisé Montréal le « trou à marde », trop contents de prendre leur revanche face à des années d’une supposée hégémonie de la grande ville sur les régions. Tout cela est vulgaire et gratuit. Tellement plus facile de cogner sur quelqu’un qui gît par terre plutôt que de l’aider à se relever.

Les problèmes de Montréal sont trop nombreux pour être entièrement évoqués ici. Morcellement territorial, ghettos linguistiques, superpositions de structures de gouvernements, infiltrations criminelles, etc. Mais surtout, grave déficit de gouvernance. Un leadership fort ne règlerait pas tout, mais au moins, quand il y a un bon capitaine à bord, le bateau a plus de chances d’aller dans la bonne direction, même au cœur d’une tempête.

Je trouve presque indécent que Gérald Tremblay songe à se représenter. Comment peut-il prétendre l’ignorance ? Il faut être d’une bêtise rare pour ne pas avoir senti la température grimper en flèche. Dès la première alarme, il aurait dû prendre des mesures, plutôt que de refermer le couvercle. Un homme politique donne les lignes directrices que doivent suivre son administration. Il ne l’a pas fait. À moins qu’il ne soit complice de ces dérapages. Entre la bêtise et la complicité, je m’étonne que les Montréalais puissent encore lui attribuer des vertus.

Le remplacement de Gérald Tremblay m’apparaît clairement comme la première étape du nettoyage des écuries d’Augias. Pour autant, la candidature de Louise Harel ne m’apparaît pas comme une alternative crédible. Cette politicienne de carrière est trop marquée pour faire consensus. Elle aura à faire face aux même blocages et obstructions politiques que son prédécesseur, probablement aggravées en raison de son passé au Ministère des affaires municipales. Alors ?

Je crois que la solution passe par la nomination d’un médiateur et la mise sous tutelle temporaire de la métropole. Un maire nommé par Québec, avec le mandat de régler les problèmes de fonds que connaît Montréal : proposer un nouveau mode de gouvernance, limitant les paliers de gouvernement et réorganisant la distribution des pouvoirs entre la ville et ses arrondissements ; lancer des enquêtes administratives sur la gestion courante, sur les modes d’attribution de contrats, les rapports avec le secteur privé, etc. Bref, un travail de fond, apolitique, confié à une personnalité forte dénuée d’ambitions politiques, comme un juge à la retraite. Je crois sincèrement qu’on est là, pour le bien de la ville et de tout le Québec.


La Kaverne

15 septembre 2009

Bon, voilà. Il s’agit du dernier billet sur cette chère Plaine. Je quitte le cœur léger, heureux de cette incroyable année. Ce dont je suis le plus fier ? Vous avoir pour lecteurs. Sincèrement et sans flagornerie. Il n’y a aucun intérêt à bloguer seul dans son coin. C’est votre présence et vos encouragements qui m’ont donné confiance. Grâce à vous, j’ai pu partager des passions que je gardais jusqu’alors pour moi.

Titre

La Kaverne est désormais mon nouveau chez moi. Que va-t-on y retrouver ? Bandes dessinées (Satanik et Angélique sont du voyage, avec d’autres surprises), chroniques musicales, critiques de films et coups de gueule bien sentis. Un environnement plus grinçant, plus glauque, qui explore les coins plus sombres de mon esprit. Mais vous me connaissez. Je suis incapable de me prendre au sérieux. J’espère vraiment que vous accepterez de vous enfoncer dans les ténèbres avec moi.

« Combien celle qui m’aime est bonne et généreuse !
Combien tu fus courtois, toi qui courus si vite
Pour obéir aux lois qu’elle t’avait dictées !

Tu réveilles en moi, par tes bonnes paroles,
Un si puissant désir de partir avec toi,
Que je reviens de suite à mon premier dessein.

Partons donc : nous voulons, les deux, la même chose.
Toi, tu seras le chef et le guide et le maître. »
Et sur ce, reprenant la marche interrompue,

J’entrai dans le pénible et sauvage chemin.

Dante Alighieri. La Divine Comédie. L’enfer. Chant II


Les cercles vicieux

13 septembre 2009

300px-5024~Le-cercle-de-ZenJ’ai beaucoup réfléchi au cours de la semaine dernière. Je me suis questionné sur mon avenir de blogueur politique. J’aime beaucoup cet univers, mais mon cynisme transparaît de plus en plus. En relisant mes billets depuis un an, je me suis aperçu d’un glissement vers un désenchantement marqué. N’ayant aucune foi politique, je n’ai pas la force de répéter sans cesse les mêmes libelles, de marteler toujours les mêmes idées. Je n’ai pas envie de devenir ce que j’ai toujours craint : un ayatollah modéré, s’en prenant toujours aux mêmes moulins. Les jours passent trop vite pour les consacrer à une seule chose.

Alors ? C’est la fin ? Pas exactement.

La politique est une source sans fin de frustration et de désappointement. Mais alors, qu’est-ce qui me procure du plaisir ? Le dessin et la musique. Vous me voyez venir, n’est-ce pas ? J’envisage un espace dédié à la bande dessinée et à la musique extrême, sujets que je maîtrise et pour lesquels j’ai une authentique passion. Mais bien sûr, la Plaine n’est pas un environnement adéquat pour de tels propos. Je vais aller poursuivre ma quête ailleurs, laissant la nature lentement recouvrir cet espace que j’ai tant aimé.

Je sais que plusieurs d’entre vous ne me suivront pas sur ce nouveau chemin et c’est ce qui me rend le plus triste. J’adore nos échanges, vos commentaires et la familiarité que plusieurs d’entre nous avons développée. Mais je ne disparais pas. Je vais seulement déposer mon baluchon dans un endroit plus sombre, en compagnie de Satanik.

Il ne s’agit pas d’une défaite, parce que je n’affrontais personne. Il ne s’agit pas non plus d’une désertion, puisque je fais le choix de célébrer ce que j’aime le plus, plutôt que critiquer vainement ce qui me fait horreur.

J’espère que vous me comprenez.


Gymnouch !

11 septembre 2009

Ma toute belle est à l’âge de s’intéresser à des activités typiques de jeunes filles. Ballet, équitation et, bien sûr, gymnastique… je ne pense pas lui montrer le vidéo suivant.

Jamais.


La mort ne connaît pas de récession

10 septembre 2009

Ce ne sont pas tous les secteurs qui souffrent de la récession aux États-Unis…

Despite a recession that knocked down global arms sales last year, the United States expanded its role as the world’s leading weapons supplier, increasing its share to more than two-thirds of all foreign armaments deals, according to a new Congressional study.

The United States signed weapons agreements valued at $37.8 billion in 2008, or 68.4 percent of all business in the global arms bazaar, up significantly from American sales of $25.4 billion the year before.

Mais ça, David Gagnon n’en parle pas (je rêvais d’écrire cette connerie depuis longtemps). Probablement que les États-Unis vendent seulement des armes à d’autres démocraties ou pays libres…

The study found that the larger arms deals concluded by the United States with developing nations last year included a $6.5 billion air defense system for the United Arab Emirates, a $2.1 billion jet fighter deal with Morocco and a $2 billion attack helicopter agreement with Taiwan. Other large weapons agreements were reached between the United States and India, Iraq, Saudi Arabia, Egypt, South Korea and Brazil.

Je me recycle dans la vente d’armes. Il y a beaucoup d’avenir à vendre la mort de son prochain.


Le roi de l’asphalte

9 septembre 2009

On a démissionné un ministre aujourd’hui. Le roi de l’asphalte a reçu une tape sur les doigts et devra aller réchauffer l’arrière-banc quelques mois. Grosse punition. Il perd son bonus de  ministre et sa limousine. Mais il garde ses actions dans sa compagnie. Au change, il est gagnant. Son compte en banque s’épaissit, ses soucis diminuent et Jean Charest,  notre gérant de succursale, étouffe un autre scandale. Tout le monde est content,  y compris le citoyen, qui au fond, s’en contrecrisse.

Il y a quelque chose de pourri en ce royaume… ou alors, il y a de bons coups de pied au cul qui se perdent. Je suggère de mettre l’ex-ministre Whissel au pilori quelques jours, pour qu’on aille se défouler… ça fera réfléchir les autres.


La vie et ses conséquences

8 septembre 2009

Ma fille était malade en fin de semaine. Un vilain rhume transformé en sinusite. J’ai eu droit à d’innombrables câlins et colleux (et de la toux en plein visage). J’ai pris congé vendredi après-midi pour rester avec elle. Normal.

J’accompagne ainsi ma fille depuis ses premiers jours. Lorsqu’elle est née, je lui ai promis que jamais elle n’aurait à demander à sa mère qui était le monsieur qui venait dormir le soir. Ma famille est ma première priorité. Mais ce choix entraîne certaines conséquences.

Les heures supplémentaires sont difficiles à réaliser, en raison des repas à préparer, des jeux et du dodo. Quitter le bureau après 17h est exceptionnel, surtout avec une conjointe travaillant le soir. Je dois refuser certains mandats, puisque mes fins de semaine sont entièrement occupées par des activités familiales ou le nécessaire nettoyage de notre grotte commune. Bref, j’ai une vie en-dehors du travail. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde.

Je suis périodiquement confronté à des gens pour qui ma façon de vivre est aberrante. Ils envoient des courriels professionnels dès 6h du matin. Ils convoquent des  réunions à 7h30 ou alors à 16h30. Ils passent des commandes en fin de journée, pour le lendemain matin. Le télétravail est considéré comme une hérésie ou alors comme de la paresse déguisée. Etc. La productivité de tels individus est nettement supérieure à celle des gens comme moi, ce qui leur donne un net avantage dans les promotions. Ils finissent donc par obtenir des postes de responsabilité, qui leur permettent d’imposer à tous leur propre vision du travail et de ses implications.

Il est tentant de vouloir leur ressembler. C’est un modèle valorisé, surtout chez les professionnels et les jeunes gestionnaires. On a l’impression d’en faire plus, d’être important. Mais ce mode de vie a un prix. Fatigue, stress, burn-out. Je n’ai pas encore rencontré d’être humain capable d’amasser les semaines de 70h pendant plus de quelques années, avant de s’écrouler, épuisé, isolé et amer de leur décision.

Je laisse à d’autres le soin d’élaborer et d’expliquer leurs belles théories sur la conciliation travail-famille. À la fin, tout repose sur un choix. Et le mien a été fait il y a maintenant plus de quatre ans. Je n’ai pas seulement choisi de donner la vie. Je veux aussi la voir grandir.

En attendant la sortie de Rambo V, je meurs d’impatience de voir The Expendables, une sorte de lettre d’amour au cinéma d’action des années 1980 réalisée par Stallone.

Le casting est tout simplement délicieux. D’abord, on retrouve la plupart des stars vintage du genre (Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Bruce Willis, Dolph Lundgren, Eric Roberts). Ensuite, il y a les nouveaux venus (Jason Statham, Jet Li). Et on saupoudre le tout avec quelques fiers-à-bras du petit écran (Randy Couture, Steve Austin). Ah oui, et ai-je oublié de mentionner Mickey Rourke? Et Danny Trejo (alias Machete)?

Le tableau est malheureusement incomplet. En effet, Kurt Russell et Jean-Claude Van Damme ont tous deux refusé de se joindre à la réunion familiale. Le premier admet qu’il n’est pas intéressé par «un film de groupe» tandis que le second trouve que Stallone ne lui a pas fourni suffisamment d’information sur son personnage…

Le récit? Selon WikiPedia, les Expendables sont un groupe de mercenaires «envoyés par la CIA en Amérique du Sud pour renverser et exécuter un dictateur et son armée qui ont semé le chaos durant les 20 dernières années».

Je crois cependant que le meilleur résumé du film provient de Dolph Lundgren : «It’s an old-school, kick-ass action movie where people are fighting with knives and shooting at each other.» A-t-on vraiment besoin d’en savoir plus?

The Expendables prend l’affiche le 23 avril 2010.


Pause réalité

7 septembre 2009

La vie nous rattrape, parfois. Entre une petite fille qui entame une énième sinusite et un travail toujours plus exigeant, je dois ralentir un peu le rythme de publication. Mais ne vous inquiétez pas, la Plaine ne tombe pas en jachère. Pour quelques jours, je vais devoir m’occuper de la réalité. Je publierai seulement quelques billets cette semaine et je reprendrai le dessin très bientôt. Satanik et Angélique sont toujours sur ma table à dessin et piaffent d’impatience !

Mais cet espace est aussi le vôtre. Je vous le confie un instant. Je suis persuadé qu’il continuera de croître avec vos bons soins.

Je publierai seulement quelques billets cette semaine et je reprendrai le dessin très bientôt.