Le croissant, la croix et le bâillon

30 septembre 2008

Lorsque l’église catholique intervient dans le débat public, nous sommes assez prompts à la ramener à l’ordre. Nous jugeons inadmissible l’intrusion de ces évêques dans nos vies privées et dans l’espace public. Nous tournons volontiers en ridicule les croyances des Chrétiens.

Et l’islam ?

La maison d’un éditeur britannique a été attaquée par des musulmans extrémistes. Pourquoi ? Parce qu’il s’apprête à publier The Jewel of Medina, qui raconte le mariage entre Aïcha et le prophète Muhammad. Le problème, c’est que lors du mariage – et de sa consommation – la jeune épouse avait 9 ans. Autres temps, autres mœurs ?

Ce livre, d’abord prévu pour être publié aux Etats-Unis, a été retiré de la programmation de la maison d’édition Random House. Il a par la suite été publié en Serbie, mais a rapidement été enlevé de la circulation, suite à des menaces et des manifestations des communautés mulumanes.

Avons-nous peur de cette religion ? Ou, plus exactement, craignons-nous les fanatiques qui prétendent parler en son nom ? Encore une fois, une minorité radicalisée impose son agenda, ses valeurs et sa vision de la doctrine. Aurions-nous la même peur d’une poignée de catholiques fanatiques qui poseraient des bombes devant des cliniques d’avortements ?

Les radicaux – religieux ou laïques – sont toujours dangereux, parce qu’ils sont convaincus d’agir pour la bonne cause, dont ils sont d’ailleurs les seuls interprètes. Mais plier devant eux ne fera que les encourager à continuer. Si nous croyons vraiment à nos valeurs démocratiques et libérales, nous devons protéger le droit à la libre expression et le défendre, si nécessaire. Nous avons des lois et une tradition de tolérance. En agissant avec intelligence, la violence et la guerre ne sont pas nécessaires pour venir à bout du phénomène radical.

Si un évêque s’oppose à la contraception, si un imam condamne les homosexuels, si un rabbin s’oppose à l’égalité des sexes, ils me trouveront sur leur chemin. Je me ferai un devoir de leur rappeler que nous acceptons et protégeons le droit à la différence.

Et vous, que feriez-vous ?


Les papiers verts

30 septembre 2008

Excellent papier sur le Monde.fr, qui nous offre le point de vue de six économistes sur la Crise qui secoue actuellement les Etats-Unis. J’en reproduis certains extraits.

Daniel Cohen

L’un des buts principaux de la finance de marché a été de sortir de l’habitat réglementaire imposé aux banques. Les règles classiques imposent aux banques de détenir un dollar de capital environ pour 12 dollars de crédit. La finance de marché a permis à ses acteurs d’accorder 32 dollars de crédit pour un dollar de capital !

Nicolas Bavarez

Le capitalisme sortira profondément transformé de cette crise : priorité à la sécurité sur le risque, avec une diminution de la croissance potentielle ; rééquilibrage entre l’Etat et le marché ; retour en grâce de l’industrie au détriment de la finance ; changement du modèle économique des banques avec une concentration des acteurs et un recentrage sur la banque commerciale ; déclin relatif des pays développés – notamment des Etats-Unis – et accélération du passage à un système économique multipolaire et hétérogène.

Pascal Salin

Pour que ce capitalisme financier prenne fin, il faudrait ou bien que tout le système financier soit étatisé – ce qui est exclu – ou qu’il explose parce qu’il constituerait un système incohérent, ce qui n’est pas le cas. Sur le long terme, la crise actuelle apparaîtra comme un simple accident de parcours qui aura peut-être permis de liquider les entreprises financières les plus mal gérées et d’inciter les autres à mieux évaluer les risques. La plus grande menace vient du renforcement probable des réglementations.

Je vous pose les questions suivantes : doit-on faire confiance au marché pour procéder à sa propre correction ? Cette correction doit-elle être atténuée par l’intervention de l’État ? Quelle sera la réglementation qui devrait émerger de cet invraisemblable bordel ?


Le bon goût

30 septembre 2008

Observez attentivement l’image que j’ai ajoutée à ce billet. C’est le Déjeuner sur l’herbe de Manet. Il a été exposé une première fois au célèbre Salon des refusés de Paris, en 1863. Il a provoqué un énorme scandale, choquant même l’impératrice Eugénie. Pourquoi ? Outrage aux mœurs et au Bon goût. La femme nue, entourée d’hommes vêtus, était jugée obscène. De plus, elle nous regarde, ce qui rompait une vieille tradition en art. La toile provoquait donc un malaise et plus seulement une jouissance.

L’irruption du Bon goût en art n’est donc pas nouvelle. Nous vivons actuellement une telle période. Au nom de principes moraux spécifiques, on cherche à canaliser l’art vers des formes jugées plus saines. Tout le débat actuel sur la culture repose sur ça. Le choix des artistes méritants une obole, lorsque fondé sur des critères moraux, mène tout droit au Bon goût, le même qui adorait Salieri, mais rejetait Mozart.

Les artistes marginaux ou provocateurs ont un rôle essentiel à jouer : celui de renouveler les conventions, de bousculer le Bon goût. Est-ce que cette toile de Manet – une des plus belle de l’école impressionniste - vous choque ? Donnons aux artistes d’aujourd’hui les moyens de créer librement. Nos descendants jugeront et apprécieront la valeur de ce qu’ils ont produit, comme nous le faisons avec les artistes d’autrefois.


Le monde à l’envers

29 septembre 2008

La Chambre des représentants a voté contre la loi autorisant le prêt de 700 milliards de dollars aux institutions financières en difficulté.

Par 228 voix contre et 205 pour, les représentants ont refusé de débloquer les 700 G$ que le secrétaire au Trésor Henry Paulson réclamait pour éponger les créances douteuses accumulées par les banques dans l’immobilier.

La victoire du non est venue des propres troupes républicaines de l’administration, dans un Congrès à majorité démocrate: près de deux représentants républicains sur trois ont rejeté le plan. Les élus démocrates ont en revanche largement approuvé le plan.

Le monde à l’envers… un président républicain, forcé d’intervenir dans l’économie, rabroué par ses propres députés.

Claude Picher y va d’une analyse très intéressante.

En huit ans d’administration Bush, les équilibres financiers américains ont en effet subi une forte détérioration, de sorte que la crise financière ne pouvait pas plus mal tomber.

En 2000, M. Bush a hérité d’un surplus de 236 G$. Une forte augmentation des dépenses militaires, après les attentats du World Trace Center, pulvériseront ce surplus en deux ans. Par la suite, l’administration accumule les déficits.

Ils ont augmenté les dépenses militaires de façon exponentielles. Ils ont baissé les impôts. Ils ont financé la guerre par l’emprunt. En termes légaux, on appelle ça de la négligence criminelle.

Qu’en pensez-vous ? Devrait-on laisser le système bancaire s’écraser et, par conséquent, se concentrer à l’extrême au sein des institutions qui auront survécues ?


Les électeurs sont des crétins !

29 septembre 2008

C’est fascinant de voir à quel point cette généralisation grossière survient rapidement dans les débats sur blogue ou forum politique. Pour certains intervenants, les électeurs sont des cons qui ne comprennent rien aux vrais enjeux. Le plus souvent, ceux qui avancent cet argument-massue sont eux-mêmes minoritaires ou appartiennent à une frange idéologique peu représentative.

Qu’en est-il vraiment ? Comment déterminer qu’un électeur moyen arrive à comprendre la signification de son droit de vote et les enjeux politiques d’une campagne électorale ?

Le premier point concerne l’éducation. Les statistiques les plus récentes montrent que 17,2% des Québécois détiennent un diplôme universitaire alors que 48% d’entre-nous ont comme seul diplôme un secondaire 5. Est-ce suffisant pour déclarer que la majorité des électeurs sont des tatas sous-éduqués ? Creusons un peu la question. À partir du secondaire, la formation que peut suivre les étudiants prend des directions différentes. Pour un grand nombre d’entre eux, le cursus collégial et universitaire sera composé de cours en sciences naturelles ou de la santé. Ces formations ne contiennent aucune trace d’éducation civique. Il s’agit d’une formation professionnelle de haut niveau qui forme des individus pour exercer un métier de pointe. Un médecin compétent fait-il automatiquement un électeur avisé ? La compréhension de la politique n’est pas une simple affaire d’éducation. Elle concerne tout autant la capacité de comprendre les éléments principaux d’enjeux complexes, sans forcément avoir une connaissance approfondie des dossiers. Cette capacité, qu’on pourrait qualifier d’intuition, est commune à tous.

Le deuxième point porte sur l’implication civique. On reproche aux citoyens leur passivité face à la chose politique, voire leur cynisme désabusé pour les plus lucides d’entre eux. Mais le citoyen lambda est aussi un parent, un travailleur, un sportif amateur, un joueur de tam-tam, un arbitre dans une ligue de garage, etc. La politique passe en dernier. Or, la compréhension complète des enjeux politiques nécessite un réel investissement de temps. L’être humain passe le plus clair de sa vie éveillée à gérer sa propre existence et à participer à celles de ses proches. Lui demander en plus de s’occuper de l’existence des autres réclamerait quelques heures de plus dans une journée déjà trop courte. Pourtant, les partis politiques, les lobbys, les groupes de pression, les mouvements sociaux peuvent compter sur une mobilisation populaire, en fonction des enjeux. Ce que les militants purs et durs ne comprennent pas ou n’admettent pas, c’est le caractère ponctuel de la mobilisation de masse. Si l’enjeu est important, la population s’y intéressera.

Le troisième point concerne les sources d’information disponibles. Nous serions soumis à un intensif matraquage médiatique au service de deux empires concurrents, Quebecor et Gesca. Pourtant, l’offre de nouvelles n’a jamais été aussi abondante, malgré la fermeture de la salle des nouvelles de TQS. Nous avons deux chaînes d’information continue francophone, sans compter les chaînes généralistes et les radios. Pas moins de quatre quotidiens majeurs se partagent le lectorat montréalais, et plusieurs quotidiens régionaux se font concurrence. Si on additionne au portrait les médias étrangers disponibles et l’accès rapide et facile au Web, n’importe quel citoyen peut avoir en main toutes les pièces de n’importe quel dossier d’actualité locale, nationale ou internationale en quelques minutes.

Le citoyen n’est pas un crétin. Il lui manque peut-être certains outils, mais une éducation civique dispensée dès le primaire pourrait facilement les lui fournir. Quand un politicien ou un groupe militant compte sur l’ignorance des électeurs pour l’emporter, il finit toujours par rencontrer un mur.

L’un des mensonges les plus fructueux, les plus intéressants qui soient, et l’un des plus faciles en outre, est celui qui consiste à faire croire à quelqu’un qui vous ment qu’on le croit.

Sacha Guitry (1885-1957)


J’irai cracher sur sa tombe

29 septembre 2008

Désolé de vous écœurer avec une tranche de vie, mais j’ai appris une excellente nouvelle vendredi. Un de mes ex-employeurs vient tout juste de déclarer faillite. Laissez-moi vous mettre en contexte.

C’était un boulot d’étudiant, sale et mal payé. Ce type était le genre d’ordure qui s’amusait à faire régner un climat de terreur dans son établissement. Il pouvait péter une coche à tout moment pour n’importe quelle raison et fracasser des assiettes sur le sol. Ou alors, s’il était de bonne humeur, il plaisantait en ridiculisant ses employés sur leur apparence ou sur leur efficacité.

J’étais un jeune bourgeois mal dégrossi et pas très bien dans ma peau. Les dix-huit mois d’enfer que j’ai subi au service de cette charogne m’ont convaincu d’une chose : plus jamais je n’accepterai de me faire humilier par qui que ce soit. L’aventure de ce premier emploi s’est mal terminée, bien entendu. Une prise de bec de trop, qui a failli mal tourner, n’eut été de l’intervention d’autres employés.

Il m’a appris trois choses : cuisiner, la valeur de l’argent durement gagné et la haine. Il fait partie de la très courte liste de gens sur qui j’irai cracher sur leur tombe.


Les particules fondamentales

28 septembre 2008

La recherche de la perfection est une quête partagée par de nombreux êtres humains. Sur le plan individuel, elle se constitue autour d’objectifs sans cesse plus exigeants. Réussite scolaire et professionnelle bien au-delà de la moyenne, succès durable dans la vie de couple, enfants modèles, etc. Collectivement, la volonté de perfection appliquée à toute une société a entraîné les dérives autoritaires idéologiques et religieuses qui ont miné l’histoire de notre espèce.

L’être humain n’est pas parfait. Seul son esprit recherche la perfection. C’est un concept né avec notre capacité de prendre conscience de nous-mêmes, unique à notre espèce de primate capable de parler et d’apprendre. Cette volonté d’absolu, l’être humain l’applique à toutes les sphères de sa vie. Toutes les religions et toutes les idéologies messianiques ont ce point en commun : l’homme aspire à la perfection, qu’il ait été façonné avec du sang divin et de la boue comme à Sumer ou qu’il faille le transformer en Homo Sovieticus pour y parvenir.

Et si la perfection elle-même n’existait pas ?

Je prends un exemple pour illustrer mon propos. Les humains aspirent tous au bonheur, compris comme un état de satisfaction, d’allégresse, d’où les problèmes et les inquiétudes sont absents. La quête de perfection inhérente à l’homme agit de telle sorte que le bonheur devient planifié (par corollaire, le malheur cherche à être évité). Nous recherchons à développer le bonheur, comme un but, un état que nous souhaitons être permanent, sans jamais y parvenir. Le bonheur, comme d’ailleurs presque tous les sentiments humains, est éphémère. Il ne peut pas se planifier, puisque le résultat de cette planification ne sera jamais à la hauteur de nos espoirs, provoquant notre déception.

Le bonheur me fait penser aux particules fondamentales. Certaines d’entre elles sont permanentes et composent l’univers. D’autres, au contraire, apparaissent et disparaissent en une fraction de seconde. La durée de leur vie n’est absolument pas proportionnelle à leur impact, puisque l’apparition de certaines particules peut provoquer de grandes modifications dans l’univers. Il en va de même pour certaines émotions humaines et le bonheur en fait partie.

Le véritable bonheur n’est pas programmable. Il survient. Loin d’être le but ultime de la recherche de la perfection, le bonheur est un symbole de spontanéité. Un sourire inattendu échangé avec une jolie fille ; notre enfant qui nous prend très fort dans ses bras pour se protéger ; écouter la pluie tomber pour s’endormir ; l’appel d’un ami un soir de blues. Juste un bref instant, qui provoque pourtant un immense sentiment de joie ou de calme.    

Et vous, quels ont été vos moments de bonheur ?


Arrêtons les Conservateurs !

27 septembre 2008

J’ai choisi d’adhérer au mouvement des blogueurs qui s’opposent au Parti conservateur. Cette décision n’allait pas de soi, puisque je répugne habituellement à afficher trop ouvertement mes opinions. Pourquoi alors prendre position ?

Pour les Conservateurs, il existe deux Canada. Le premier, celui des grandes villes, est hostile et corrompu. Ce parti est d’ailleurs incapable de faire élire des députés dans les trois plus grandes villes du pays. Le second Canada, celui des petites villes et des campagnes, est leur cible traditionnelle : elle fait l’objet de tous les soins des conservateurs. Cette tendance à la division est paradoxale, puisque les Conservateurs la reproche au Bloc québécois !

Le Parti conservateur et son chef représentent une véritable menace pour l’équilibre social canadien. Jamais auparavant un parti aspirant au pouvoir majoritaire n’a été aussi teinté idéologiquement. La prise de position récente de ce parti envers les jeunes contrevenants m’a profondément choqué. Mais ce sont les coupes dans les programmes culturels qui ont été la goutte de trop. Il s’agissait d’une mesure démagogique et méprisable, effectuée pour créer une opposition nette entre les supposées élites urbaines et les ruraux. Aucun plan d’ensemble, aucune vision. Seulement un geste à destination de leur base électorale, sur une cible toute désignée.

Minoritaire, ce parti a déjà engagé le pays sur la voie d’une réforme conservatrice inspirée par les anciens membres du Reform Party. Majoritaire, rien ne pourra plus l’arrêter pendant cinq longues années.

Nous venons d’assister à l’effondrement d’un système bâti sur les valeurs conservatrices. Les Etats-Unis s’apprêtent à vivre une longue et pénible crise parce que des hommes et des femmes ont construit un système fondé sur une morale messianique et une foi totale envers le marché. Voulons-nous vraiment connaître le même sort ?

Je ne cherche pas à vous contraindre ou à vous influencer. Seulement à vous partager mon point de vue. Pour ma part, je sais ce qui me reste à faire. Je suis centriste et un gouvernement conservateur serait aux antipodes de mes valeurs personnelles. Ce sera mon vote qui parlera pour moi, car je voterai pour le parti qui a le plus de chance de battre les Conservateurs dans mon comté.


Le crépuscule des Dieux

27 septembre 2008

Depuis déjà de nombreuses années, on prophétise la fin de l’Empire américain. Ses aventures  guerrières, son économie en dents de scie et ses concurrents féroces auraient du détrôner l’hyperpuissance depuis longtemps. Pourtant, tel un phénix, l’aigle américain trouve toujours une façon de se renouveler et de retrouver son lustre et sa domination.

Est-ce différent cette fois-ci ?

Les Etats-Unis vivent en ce moment une des pages les plus sombres de leur histoire, en raison de la conjonction de plusieurs phénomènes.

Les guerres d’Irak et d’Afghanistan coûtent infiniment plus chers que prévus. Si l’invasion initiale de ces deux pays à compter de 2001 et 2003 a pu coûter à elle seule entre 9 et 13 milliards de dollars, les coûts d’occupation s’élèvent à eux seuls à 5 à 9 milliards par mois ! Le détail des coûts vertigineux est disponible ici. De plus, les Américains continuent de payer pour la reconstruction du pays, alors que l’Irak a recommencé à toucher sa rente pétrolière.

Instead, the U.S. military is footing the reconstruction bill. Over the last two years, while Iraq has earned nearly $100 billion in oil revenues (and spent just $2 billion on capital investments such as roads, water and electricity), U.S. taxpayers have plowed $48 billion into reconstruction activities in Iraq. About half of that has gone to the oil and electricity infrastructures. The U.S. has also helped to renovate 3,000 schools, train 30,000 teachers, distribute 8 million textbooks and rebuild irrigation infrastructure for 400,000 people, as well as fund projects to improve drinking water, bridges, roads, sewage treatment, airports and, of course, oil pipelines and refineries.

À ce jour, la politique guerrière américaine a coûté plus de 700 milliards de dollars, financés largement par les emprunts, plutôt que par l’impôt. La dette américaine est estimée à 9,7 trillions de dollars (en excluant les déficits de certains programmes sociaux, comme Medicare), dont plus de 25% sont entre les mains de gouvernements étrangers. Et la facture finale de l’aventure irakienne n’a pas fini de grimper. Les plus pessimistes parlent d’une facture finale de 3 trillions de dollars. Il faut rappeler que les estimations initiales parlaient d’un coût total de 50 à 70 milliards de dollars pour toute la durée de la guerre, soit 10 fois moins que les coûts actuels, sans que la guerre soit terminée.

L’autre phénomène est, bien entendu, l’effondrement du système bancaire. Le château de cartes des prêts à risque à entraîné un effet dominos, provoquant faillites sur faillites parmi les plus grands noms de la finance américaine.

For years, the banks have been borrowing heavily relative to their deposit bases – and pouring the proceeds of those loans into the housing markets, now in free fall.

Data assembled by Northern Trust economist Asha Bangalore shows that the proportion of mortgage-related assets to total assets at U.S. commercial banks – a measure of exposure to the real estate markets – jumped as high as 63% in 2006 from 48% a decade earlier.

L’origine de la crise ne fait pas l’unanimité. Plusieurs indices pointent les décisions politiques entraînant la dérégulation du système bancaire. D’autres sur la pression subie par les prêteurs pour financer des emprunts à risque. La vérité est sûrement entre les deux.

Who, then, in Washington, is to blame? As it happens, it’s many of the same people who were behind Gramm-Leach-Bliley. The Clinton administration and Congressional Republicans failed to create a strong framework in place of Glass-Steagall. Democrats pushed for riskier mortgage lending, in an effort to expand home ownership. But surely the bulk of the blame lies with the policy makers and regulators who were on duty while the housing bubble inflated and Wall Street went wild — the Bush administration and Alan Greenspan’s Federal Reserve. Their near-religious belief in the powers of the market led them to conclude that the mere fact that a company was willing to make an investment made that investment O.K.

Le gouvernement américain, dans un geste sans précédent, a pratiquement nationalisé les deux plus grands prêteurs hypothécaires, en plus du plus gros assureur du pays. Le coût du plan ? 700 milliards de dollars. Le coût actuel de la guerre en Irak. Parfois, l’ironie de l’histoire est mordante. Cette somme serait acquise via l’emprunt, plutôt que l’impôt, faisant grimper la dette publique américaine à des sommets record. Les conséquences sont prévisibles : baisse de la valeur du dollar, repli des importations, chômage et faillites. Ce plan d’intervention survient-il trop tard ? Il n’empêchera pas les citoyens américains de traverser une des pires crises économiques de toute leur histoire.

Alors, assistons-nous à l’effondrement d’un monde ?

Les Etats-Unis ont déjà prouvé qu’ils étaient capables de se relever de crises sévères, mais cette fois, l’ampleur et la concomitance des phénomènes rendent aléatoires un redressement rapide. La puissance américaine repose sur deux facteurs : son économie et son armée. La première est en sérieuse difficulté, la seconde peine à maintenir l’ordre dans un pays du tiers-monde. Sans forcément assister à l’effondrement de l’Empire – que je ne souhaite pas – nous allons assister à une lente érosion de son influence, au profit des géants asiatiques émergents. Le centre du monde continuera de se déplacer lentement vers l’est.

Ce sera le bilan de ces huit dernières années de gouvernance américaine, qui auront vu le début du crépuscule des Dieux.


Allo, ici l’homme vert !

27 septembre 2008

Certaines traditions sont sacrées, comme celle de commencer la fin de semaine avec une vidéo niaiseuse. Je vous propose un extrait de Rabbi Jacob, avec Louis de Funès. La séquence dans l’usine de chewing-gum m’a toujours fait mourir de rire.