
Quand j’étais encore à l’université, un de mes profs m’a fait découvrir Gaston Bachelard. Il s’agit d’un épistémologue reconnu qui a développé des ouvrages très intéressants sur la théorie de la connaissance.
Son maître ouvrage, La formation de l’esprit scientifique, porte sur les obstacles épistémologiques qui freinent, voire bloquent, l’accès à une vision et une interprétation véritablement scientifique d’un phénomène. Les préjugés et l’expérience individuelle sont ainsi considérés comme des obstacles.
L’esprit scientifique nous interdit d’avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement.
Perçus ainsi, la plupart des propos que nous échangeons sont non scientifiques. Nous sommes victimes de nos propres préjugés, de nos croyances pas toujours fondées, des vérités reçues et non discutées. Je n’y échappe pas non plus, malgré mes efforts pour développer une pensée véritablement scientifique, je suis aussi régulièrement victime de mes propres préjugés. Pour cette raison, je cherche à aborder des sujets que je maîtrise, en toute humilité. Accéder à un univers scientifique exige de soi un long et périlleux travail de remise en question de nos certitudes intellectuelles. Certaines seront invalidées, d’autres pourront être retenues, mais notre façon de penser sera radicalement changée.
Il existe toutefois des individus tout à fait imperméables à l’esprit scientifique. La certitude qui les habite ne souffre pas la contradiction. Ils font face à un obstacle épistémologique, voire à plusieurs : une expérience personnelle généralisée à toute la population ; un préjugé développé pendant l’enfance ; un attachement à une rumeur qui leur a fait forte impression ; une foi aveugle envers une doctrine politique ou une religion.
Ces individus colportent la tentation irrationnelle.
Jusqu’au bout ils résisteront aux arguments allant contre leur opinion, en apportant une masse de preuves toutes puisées à la source de leur obstacle épistémologique. Ils se rabattront sur leur expérience personnelle, invoqueront tel ou tel auteur qui pense comme eux, pour finalement chercher à discréditer leur contradicteur, en minant sa crédibilité.
Un tel comportement est très répandu dans la blogosphère. Je n’ai pas besoin de nommer qui que soit, vous les connaissez autant que moi. La protection d’un pseudonyme permet à la tentation irrationnelle de prendre tout son essor. C’est un problème que je trouve préoccupant.
Suis-je le seul ?
Publié par Hérétik 
Publié par Hérétik
