Une odeur de souffre

3 octobre 2008

Nous venons d’entrer dans une nouvelle ère. L’adoption du plan Paulson par la Chambre des représentants est historique ! Jamais un État libéral n’a investi autant, aussi vite, dans sa propre économie.

Au total, 700 milliards de dollars seront injectés dans le système de crédit américain. Cet argent servira à racheter les nombreuses mauvaises créances accumulées par les géants de l’hypothèque et les banques. Celles-ci, débarrassées de leurs passifs, pourront reprendre leurs activités de crédit. Afin de faire passer la pilule, le nouveau texte du plan est assorti d’une panoplie impressionnante d’amendements et cadeaux fiscaux en tout genre. 150 milliards de dollars en tout, s’ajoutant à l’ensemble.

Concrètement, que se passe-t-il chez nos voisins du sud ?

Le crédit, c’est le nerf de la guerre du système capitaliste. Il permet aux particuliers comme aux entreprises et à l’État de planifier la croissance. L’emprunt, moyennant un taux d’intérêt variable, donne la possibilité d’acquérir un bien, un service, voire un investissement, sans disposer de tout le capital nécessaire. Or, les banques sont vides. Leurs passifs (dettes et mauvaises créances) excèdent de loin leurs actifs. Donc, elles ne peuvent plus prêter. Cette situation est relativement inédite dans l’histoire du capitalisme, du moins avec cette ampleur.

La situation est telle que même certains États américains commencent à éprouver des difficultés à payer leurs employés, puisque l’emprunt était nécessaire pour y parvenir. Les ménages des citoyens sont aussi touchés, puisque la crise du crédit affecte directement la consommation.

Le plan Paulson parviendra-t-il à sauver les meubles ?

For the fact is that the plan on offer is a stinker — and inexcusably so. The financial system has been under severe stress for more than a year, and there should have been carefully thought-out contingency plans ready to roll out in case the markets melted down. Obviously, there weren’t: the Paulson plan was clearly drawn up in haste and confusion. And Treasury officials have yet to offer any clear explanation of how the plan is supposed to work, probably because they themselves have no idea what they’re doing.

Despite this, as I said, I hope the plan passes, because otherwise we’ll probably see even worse panic in the markets. But at best, the plan will buy some time to seek a real solution to the crisis.

Par aveuglement idéologique, le gouvernement américain a laissé son économie foncer dans un cul-de-sac. La priorité accordée à la déréglementation du secteur financier, jumelée à des pressions politiques pour accorder des prêts a des insolvables ont créé les conditions d’une bulle immobilière sans précédent. Le repas a été servi, tout le monde a bien mangé, mais personne n’a payé la note. Le plan adopté aujourd’hui est le résultat d’une panique monumentale et non pas d’une planification raisonnable.

Les risques d’un tel plan sont faciles à imaginer : l’émission massive de bons du trésor pour financer le plan va entraîner une forte dévaluation du dollar, conjuguée avec une mainmise sans cesse plus grande de pays étrangers sur les Etats-Unis. Un accès plus restreint au crédit va provoquer un repli de l’économie américaine, avec en prime de l’inflation causée par la circulation d’une masse monétaire largement supérieure a sa valeur réelle.

L’ironie de toute cette sinistre affaire, c’est que ce soit le gouvernement le plus à droite économiquement de l’histoire moderne des Etats-Unis qui a du ébaucher à la hâte le plan le plus interventionniste jamais vu dans ce pays. George W. Bush passera à l’histoire comme le capitaliste ayant retourné sa veste le plus vite de tous les temps.

L’argent, quand il brûle, dégage quelle odeur ? Celle du souffre…


350 mètres par seconde

3 octobre 2008

Hier soir, en revenant du travail, j’ai croisé sur l’autoroute un bien triste spectacle. Un magnifique orignal mâle trônait à l’arrière d’une camionnette. Ses pattes ressortaient de chaque côté du véhicule. Un animal si noble et magnifique, réduit à l’état de carcasse, allait servir de trophée de chasse. L’impact probablement fatal était visible, juste à l’arrière du panache. Un énorme trou noir, causé par un fort calibre.

J’ai eu la réaction normale de dégoût que doivent ressentir tous les citadins peu habitués aux mœurs de la chasse et de la pêche. Puis, un souvenir m’est revenu en tête.

Lors de l’Expo-Québec de cette année, on pouvait visiter un stand de l’Armée canadienne. Des blindés, des engins démineurs et quelques vidéos présentés par de jeunes soldats enthousiastes. Puis, sur une table, soigneusement alignés, tout l’arsenal des armes utilisées par les militaires, du M16 jusqu’au bazooka. On pouvait les manipuler, les épauler et faire semblant de tirer. Les jeunes garçons qui se précipitaient autour de ces objets et qui s’amusaient à les prendre ont provoqué chez moi un immense malaise. Tous savaient que ce n’étaient pas des jouets, pourtant, le plaisir palpable que ces enfants éprouvaient à manier ces objets me rendait inconfortable. 

À quoi ça sert une arme à feu ?

À tuer.

Sauf si son propriétaire manque son coup et se contente de blesser gravement sa cible.

Dans ce pays, nous sommes relativement chanceux. Le nombre d’homicides par balles est bas. En fait, plus de suicides par balles sont recensés que de meurtres. La situation américaine est par ailleurs bien connue et a fait l’objet de nombreux films et documentaires. En 2005, presque 30 000 Américains sont morts par arme à feu.

N’ayant jamais expérimenté personnellement l’utilisation d’une arme de fort calibre, je ne connais pas les sensations que peuvent éprouver son utilisateur. Je me demande seulement quel plaisir on peut bien éprouver à l’utiliser contre un être vivant. Est-ce un sentiment de puissance qu’on éprouve lorsqu’on détient la capacité d’ôter la vie de quelqu’un ou d’un animal ? Pourquoi permettre les armes à feu dans un contexte où nos vies ne sont pas directement menacées ?

La finalité d’une arme à feu sera toujours de tuer avec facilité. Leur interdiction semble aller de soi. Pourtant non. Pourquoi ?