Les bleuets pourris

Parmi les ministres conservateurs du Québec, on aime bien se moquer de Maxime Bernier ou de Josée Verner, mais personnellement, mon préféré demeure Jean-Pierre Blackburn, de la circonscription de Jonquière. Son attitude dans le dossier des subventions régionales est passée relativement inaperçue en-dehors des initiés, mais elle mérite d’être rappelée.  

Le ministre responsable du Travail et de Développement économique Canada a pris il y a quelque mois la décision de retirer toutes les subventions de fonctionnement aux organismes de développement régional québécois. Il s’en vantait encore récemment.

Avant que nos amis de la droite non interventionniste se réjouissent, sachez bien qu’à aucun moment l’ineffable ministre n’a eu l’intention de retourner l’argent aux contribuables et de retirer l’État de ce secteur. Il préfère se réserver seul le pouvoir d’allouer les sommes en fonction de ses priorités.

En termes politiques, ça s’appelle du népotisme.

Le ministre Blackburn veut se constituer une petite caisse électorale québécoise bien commode aux moments des élections. On saupoudre des subventions dans quelques circonscriptions chaudes, histoire de se créer une vaste clientèle.

Je suis issu du développement régional, et ce genre de tactique nous ramène 50 ans en arrière. Les organismes de développement sont des outils essentiels, appréciés par les PME. Celles-ci n’ont pas toujours les ressources pour monter des plans d’affaires ou dénicher des occasions internationales (expositions, shows, tournée d’exportateurs). Ces organismes permettent aussi de diffuser les innovations sectorielles, créer des liens entre des entreprises complémentaires ou inviter des experts.

Michel Auger aussi évoque cette affaire.

Cette décision, c’est celle du ministre Jean-Pierre Blackburn de couper le financement fédéral aux organismes de développement économiques. De petites structures légères, mais qui sont souvent très importantes dans les régions. Que l’on pense à l’Institut national d’optique, à Québec, à la technopole maritime, à Rimouski, ou à la Cité de la biotechnologie, à Saint-Hyacinthe.

Pour le ministre Blackburn, il valait mieux remplacer tous ces « pousseux de crayon » par de bons vieux programmes de subventions directes. Ça a été accueilli par une levée de boucliers par les leaders régionaux.

Or, ces leaders régionaux — les maires, les dirigeants des chambres de commerce et, bien sûr, le gouvernement provincial — sont essentiels pour susciter ou amplifier une vague conservatrice au Québec.

Remplacer des organismes de développement par des enveloppes discrétionnaires ? Jean-Pierre Blackburn pense (s’il en est capable) peut-être que le Québec était toujours administré à la façon de Duplessis ? C’est ce genre de Conservateurs arriérés qu’il faut bouter hors du Parlement. Ça presse !

14 Réponses vers «Les bleuets pourris»

  1. Tym Machine dit :

    Et remplacer Blackburn par qui? Un député du Bloc qui ne pourra rien aller chercher et qui anyways devra prendre ce que les conservateurs voudront bien lui donner.

    C’est peut-être une vieille méthode mais ne vaut-il pas mieux recevoir cela que de ne rien recevoir du tout?

  2. nicolasracine dit :

    Pourquoi avoir changé de méthode ? Elle fonctionnait bien et aurait pu faire l’objet de correctifs, sans la remplacer par des subventions directes et discrétionnaires.

    Le plus comique, c’est que le principe de la subvention de fonctionnement a été adopté au fédéral par… les Conservateurs, au début des années 1990. Pourquoi ? Pour éviter les subventions discrétionnaires.

    Bêtise, quand tu nous tiens.

  3. Déréglé temporel dit :

    Les conservateurs actuels ne ressemblent pas aux conservateurs d’antan.

  4. Déréglé temporel dit :

    @Tym Machine: il vaut mieux ne rien recevoir que d’encourager un système qui relève de la corruption institutionnalisée.

  5. Dunham Bush dit :

    Pffffffiou! Un petit bout de temps sans venir faire mon tour et déjà plus de cinq nouveaux articles! Je me demande combien de collaborateurs vous avez!

    @ déréglé
    Je crois que les conservateurs actuels sont tout à fait comme les conservateurs d’antan, sauf qu’ils le cachent bien. À mesure qu’ils gagneront du terrain, nous allons pouvoir reconnaître ce visage hideux qu’ils voulaient tant nous cacher.

  6. nicolasracine dit :

    Je suis tout seul Dunham, mais j’ai la plume rapide ;-)

    Les Conservateurs d’aujourd’hui sont plus rusés que ceux d’antans. Ce sont des maniaques du secret et du camouflage. S’ils deviennent majoritaires… qui sait ?

  7. derteilzeitberliner dit :

    N’oublie pas que son seul argument de campagne est de “mettre la région au gouvernement” en rappelant les 247 millions qu’ils nous a amené. Les élus du SagLac ont supplié les gens de voter PCC cette semaine, question d’avoir plus d’argent.

    Népotisme, en effet, car un ministre fédéral n’a pas à favoriser aucune région que ce soit!

  8. lutopium dit :

    Ça rappelle un sketch d’Elvis Gratton cette histoire là! Quand on tient au pouvoir…

  9. nicolasracine dit :

    @derteilzeitberliner

    Bonjour et bienvenue ici. J’ai constaté aussi que la clientèle du ministre avait fait une sortie remarquée pour le défendre. Qui a dit que l’argent n’a pas d’odeur ?

    @luto

    Ils veulent l’avoir leur permis de bière !

  10. Déréglé temporel dit :

    “Qui a dit que l’argent n’a pas d’odeur?”

    La mafia, bien sûr.

    Cela étant, pour cette pratique précise, je préfère le terme de clientélisme à celui de népotisme, mais je pinaille sur les termes.

  11. chroniques blondes dit :

    Ah bon? Les subventions n’ont pas toujours été discrétionnaires? (veuillez, cher Nicolas Racine, insérer ici un clin d’oeil). ;-)

  12. Daz Hoo dit :

    Traitez-moi de communiste, mais selon moi, un ministre ne devrait pas avoir le pouvoir de donner directement de l’argent à quelqu’un ou à quelque chose. Le seul pouvoir qu’il devrait avoir, c’est d’allouer des sommes à des programmes ou des sociétés d’état qui se chargeraient de distribuer cet argent en fonction de critères bien précis, sans favoritisme ou partisanerie.

    Tout argent donné directement par un ministre ou un député ne fait que sanctionner la partisanerie, la magouille et le conflit d’intérêt. Notre argent ne devrait pas servir les policiticiens : il devrait plutôt servir le public, peu importe pour qui il a voté.

  13. nicolasracine dit :

    Tu n’es pas communiste, puisque même les communistes le faisaient !

    Le problème, c’est la notion de rentabilité politique. C’est une façon pernicieuse de voir la politique, qui fait que chaque idée, projets ou programme est conçu en fonction d’un segment de la population, à partir de statistiques.

    Je vous suggère la lecture d’un article de l’Actualité sur la façon dont les Conservateurs gèrent leur campagne.

    En janvier dernier, quand le Parti conservateur a annoncé que les opérations politiques au Québec seraient dorénavant gérées à partir d’Ottawa par l’organisateur en chef Doug Finley, bien des militants se sont inquiétés de voir un unilingue anglophone prendre les commandes de la province. « C’est comme confier un autobus à un aveugle ! » a dit l’un d’eux. Mais l’état-major du parti avait la réplique toute prête : « Il sait comment gagner des élections. C’est la seule chose qui compte. »

    Pour les conservateurs, Doug Finley est devenu en 2006 un « faiseur de miracles » en ramenant la droite au pouvoir à Ottawa après une traversée du désert de 13 ans. « On avait besoin d’une campagne électorale parfaite, et il l’a faite », dit un organisateur.

    Totalement inconnu il y a à peine cinq ans, Doug Finley est rapidement devenu l’une des personnalités politiques les plus puissantes du Canada. Officiellement, il est directeur des opérations politiques du Parti conservateur. En réalité, il est l’homme de l’ombre dont rêvent tous les chefs de parti : aussi à l’aise pour diriger les batailles électorales que pour exécuter les tâches délicates qu’un premier ministre ne veut pas faire lui-même, comme expulser un député en fonction. À la fois tacticien et homme de main.

    Doug Finley appelle Stephen Harper « le boss », mais pour tous les députés, candidats, militants, organisateurs et financiers du parti qui se battent actuellement en campagne électorale, « le boss », c’est avant tout Doug Finley. « Il exerce un contrôle total sur le Parti conservateur. Il peut congédier qui il veut, signer les contrats d’approvisionnement qu’il veut et organiser la machine à son goût », dit Tom Flanagan, ami, confident et ancien chef de cabinet de Stephen Harper. C’est lui qui a engagé Doug Finley, en 2003, alors que Harper briguait la tête de l’Alliance canadienne. « Il ne se mêle pas de ce qui touche la Chambre des communes et le gouvernement, mais il est partout ailleurs », ajoute Tom Flanagan.

  14. Le capitaine Harper coule avec son bateau | L'Électron Libre dit :

    [...] pourrait parler de culture, de subventions coupées de la part de ministres incompétents ou même du réveil de la région de Québec qui semble [...]

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