Soupe de grenouilles

Les marchés mondiaux connaissent à nouveau une forte baisse aujourd’hui. L’Europe est durement secouée et aux Etats-Unis, le plan Paulson n’a pas eu l’effet escompté.

«C’est la panique générale. Tout le monde espérait après l’adoption du «plan Paulson» aux États-Unis et les opérations de sauvetage en Europe que les choses se calmeraient. Mais en réalité, il y a toujours des craintes d’effet domino», a déclaré Adrian van Tiggelen, stratégiste principal chez ING Investment à Amsterdam.

Pendant que les autorités européennes jonglent avec l’idée d’un plan de sauvetage bien à eux, les Américains commencent à réduire leurs dépenses. La diminution du prix des maisons, le prix de l’essence et l’incertitude liée à l’économie ont grandement affecté les dépenses de ménages.

Mais bon, il n’y a pas de crise au Canada. Tous les indicateurs sont verts, pas de problème.

Notre principal partenaire commercial – avec lequel nous échangeons plus de 1,5 milliards de dollars par jour en biens et services – s’enfonce dans une récession qui remet en question son système bancaire, mais tout est va bien.

Il être profondément teinté idéologiquement pour croire que cette crise ne nous touchera pas. Mais André Pratte est un homme flegmatique.

M. Harper ne fait donc pas erreur lorsqu’il refuse de parler de crise économique. Il aurait toutefois dû se montrer mieux préparé à agir dans l’éventualité d’une détérioration rapide de la situation et surtout plus sensible à l’inquiétude palpable des Canadiens. Être à l’écoute des gens, les rassurer, c’est aussi ça, le leadership.

Ce n’est donc qu’une question de communication et de leadership… merci à ce célèbre chroniqueur de nous rappeler que le Canada est le plusse beau pays du monde. Notre dépendance presque totale au marché américain ne provoquera chez nous que des remous secondaires. Me voilà tout rassuré !

Vous connaissez l’histoire de la grenouille qu’on plonge dans un chaudron d’eau froide ? On vient tout juste d’allumer le rond de poêle…

14 réponses vers «Soupe de grenouilles»

  1. renartleveille dit :

    Belle analogie!

    Incroyable comment il se contredit dans ce paragraphe. Il essaye de faire dans le subliminal?

  2. nicolasracine dit :

    Pratte est empêtré dans ses contradictions. Il refuse de considérer la crise comme sérieuse parce qu’elle n’a pas encore atteint le Canada, alors qu’elle met l’économie américaine et européenne sur les genoux. Il préfère la voir comme une situation à gérer du point de vue des communications et du leadership. Rassurer les gens… wow.

    Bravo mon André. Lâche pas !

  3. Déréglé temporel dit :

    Je le trouve pas si pire que ça, moi, cet éditorial. En gros, il nous dit:

    1. que la crise ne viendra pas des structures économiques canadiennes, qui sont saines et ont évité les pratiques imprudentes qui ont provoqué la crise aux États-Unis. La seule menace qui pèse sur nous vient de l’extérieur, à cause de nos liens commerciaux avec les États-Unis.
    2. que le pouvoir économique d’Ottawa pour empêcher une récession est limité.

    C’est pas mauvais comme conclusion, à condition que ses prémisses soient exacts. Dans le fond, dans ta réplique tu dis sensiblement la même chose: c’est la crise qui existe chez notre voisin qui nous menace.

  4. nicolasracine dit :

    C’est le ton de Pratte que je trouve tendancieux. C’est une crise très sérieuse et son texte donne l’impression que sa gestion n’est qu’une question de communication. Je suis d’accord avec le fait que l’État fédéral ne pourrait probablement pas juguler la crise si elle devait se pointer, mais la minimiser comme il fait m’est resté à travers la gorge.

  5. Sir Seb dit :

    Je viens tout juste de recevoir un rapport des ventes du mois de septembre de quelques uns de nos produits développé dans mon département de R&D et destinés en majorité au marché Américains. Ceux qui furent les meilleurs vendeurs avec une constante croissance depuis quelques années commenceraient-t-ils à s’essouffler ? Je constate une décroissance inquiétante. Au-delà de la crise qui s’annonce, plusieurs facteurs peuvent entrer en ligne de compte pour expliquer cette pente descendante. Par contre, il est facile de croire que la crainte commence lentement à toucher l’industrie des hautes technologies. Une chance que nous avons commencé à développer pour des marchés autres qu’Américains. On verra si c’est une tendance qui persiste au début novembre.

    Oups ! On me dit à l’oreille que ce ne sera pas mieux en Europe ou en Asie. Ouch… Et dire que j’entends Harper nous dire que tout est sous contrôle. Effectivement, ce ne sont pas nécessairement les banques d’ici qui crouleront, mais les entreprises exportatrices. N’est-ce pas Ding et Dong qui jadis chantaient « Dors mon public dors » ? Harper chante le même refrain. Quelle ironie.

  6. nicolasracine dit :

    Il y a en effet un risque que ce soit notre industrie qui soit atteinte de plein fouet, plutôt que nos banques. Si les États-Unis ne sont plus en mesure d’absorber notre production, nous risquons à notre tour un ralentissement sérieux de notre économie.

    Alors, wait & see ? Des solutions quelqu’un ?

  7. Quand la tempête arrive… dit :

    [...] qui sévit actuellement aux É-U et qui commencent à se faire sentir ailleurs dans le monde et qui s’offusquent de voir André Pratte de La Presse essentiellement faire écho à Stephen Harper, disant [...]

  8. Philippe David dit :

    Comme je l’ai dit sur mon propre blogue, il n’y a pas grand chose à faire. Il est certain que nous serons affectés, mais la meiileure chose que le gouvernement puisse faire par temps de crise est de combattre l’inflation, encourager l’épargne, plutôt que la consommation, restreindre ses dépenses et réduire les impôts. C’est essentiellement ce que les économistes recommandent.

  9. nicolasracine dit :

    L’avenue que tu proposes est raisonnable Phil, et mérite d’être entendu par les autorités. Mais celles-ci ne l’écouteront pas. Le Canada est tellement dépendent des États-Unis que lorsque celui traverse une crise, nous en ressortons très affaiblis. Un PM comme Harper, à mon avis, n’aurait pas la force nécessaire pour appliquer ce que tu proposes. Les Conservateurs ne sont pas moins interventionnistes que les autres.

  10. Gestionnaire Borg dit :

    La déficit de la balance commerciale américaine est présent depuis un bon moment et ce n’est que la demande domestique qui a permis aux États-Unis de ne pas être plus tôt en récession. C’est d’ailleurs un peu pas mal pour ça que le gouvernement n’a pas trop sanctionné les banques qui faisaient des excès…le gouvernement y trouvant son compte à court terme. Et Bush n’ayant aucun capacité de se projeter plus loin que le prochain trimestre et bien…..

    Par contre, il faut aussi faire une distinction entre une crise financière et une récession. En ce sens je ne suis pas en total désaccord avec Pratte. Bien sûr que l’économie canadienne subira un ralentissement si la crise financière plonge les États-Unis en récession. C’est bien évident. Par contre, crise financière ou pas, on est dû pour une récession dans pas trop longtemps. La crise financière ne la fera arriver que plus tôt. Ainsi va la vie des cycles économiques…contraction, récession, dépression, reprise, etc. etc c’est une Loi immuable.

    Maintenant, étant donné que nous n’avons pas de déficit du compte courant et que nos banques sont financièrement saines, je crois qu’il ne faille pas trop paniquer….en ce sens, effectivement une bonne communication et un bon leadership du PM est à souhaiter afin de ne pas céder à la panique et de bien faire comprendre à la population ce qui nous distingue de nos voisins du sud.

    Les récessions sont inévitables, c’est dans l’ADN de notre système économique, il s’agit simplement d’être prêt pour prendre la vague quant elle arrive.

    L’êtes-vous?

  11. Gestionnaire Borg dit :

    En passant, j’oubliais….concernant l’idée de favoriser l’épargne, n’avez-vous pas remarqué l’arrivée du nouveau CELI?

    Philippe, je crois qu’une partie de tes idées ont été entendu. ;)

  12. Philippe David dit :

    @ Nicolas

    L’avenue que tu proposes est raisonnable Phil, et mérite d’être entendu par les autorités. Mais celles-ci ne l’écouteront pas. Le Canada est tellement dépendent des États-Unis que lorsque celui traverse une crise, nous en ressortons très affaiblis. Un PM comme Harper, à mon avis, n’aurait pas la force nécessaire pour appliquer ce que tu proposes. Les Conservateurs ne sont pas moins interventionnistes que les autres.

    Je suis certain qu’aucun des partis ne suivrait mes recommandations à la lettre, mais ce sont les Conservateurs qui semblent être les plus proches. Pourtant on les accuse d’immobilisme.

    @ Gestionnaire Borg

    Je suis effectivement famillier avec les CELI. Le prochain budget fédéral serait une belle occasion d’en doubler la limite admissible. Qu’en dites-vous?

  13. Philippe David dit :

    Les récessions sont inévitables, c’est dans l’ADN de notre système économique, il s’agit simplement d’être prêt pour prendre la vague quant elle arrive.

    Plus précisément, le cycle économique est sytémique de notre système monétaire et bancaire, où notre monnaie et l’expansion du crédit est géré par un monopole d’État.

    Les solutions que j’ai proposées plus haut viennent tout droit de la théorie Misésienne des cycles.

  14. Gestionnaire Borg dit :

    @Philippe David: Concernant le CELI c’est une question fort à-propos. Nous en discutions justement ce matin au travail. Il y avait deux courants de pensée à ce sujet. Le premier suggère que le gouvernement réalisera que le CELI lui coûtera beaucoup plus cher qu’il ne l’avait escompté et qu’il mettra fin au programme assez rapidement.

    Le deuxième courant de pensée, auquel j’accorde un pourcentage de probabilité supérieur met de l’avant l’idée que le gouvernement tente réellement d’augmenter le niveau d’épargne des canadiens afin de compenser pour la disparition de plus en plus marquée des fonds de pension. Bien sûr, le CELI sera coûteux pour le gouvernement mais ces coûts seront aisément compensés par un niveau de pauvreté et de dépendance envers l,État moindre et donc moins de coûts sociaux (moins de paiement de supplément de revenu garanti, etc. etc… À l’intérieur de ce scénario il y a donc de la place pour une augmentation du plafond de cotisation.

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