
On pourrait croire que la fin du monde approche. À lire certains articles, l’Occident est exsangue. Le crédit est tari, alors que celui-ci est la vapeur de la locomotive capitaliste. Nous serions à l’aube d’une nouvelle dépression économique.
De quoi parle-t-on au juste ?
Une récession économique jouit d’une description relativement simple. Lorsque le PIB d’une nation connaît au moins deux baisses au cours de trimestres consécutifs, on peut alors parler d’une récession. La croissance reste positive (supérieure à 0%) mais la courbe s’incline. Concrètement, on assiste à une chute concomitante de la production et de la consommation, composantes essentielles du PIB. Nous assistons aujourd’hui à un tel phénomène.
Le FMI prédit une récession aux Etats-Unis avec probablement deux trimestres de croissance négative fin 2008/début 2009, mais une croissance globale du PIB de 1,6% cette année et 0,1% en 2009. La zone euro ne devrait guère faire mieux, avec 1,3% cette année et 0,2% l’année prochaine. Dans le panorama établi par le Fonds, 2009 sera une année de croissance quasi-nulle en France, nulle en Allemagne ou négative en Espagne, en Grande-Bretagne et en Italie.
Le Canada devrait être globalement moins atteint que les Etats-Unis, en raison de la solidité de sa structure financière et de ses pratiques en matière d’hypothèques.
Notre système bancaire, dominé par un nombre restreint de grandes institutions, est beaucoup plus solide qu’aux États-Unis, où le secteur, et la clientèle, vont subir une importante phase de se consolidation. Notre marché hypothécaire est aussi beaucoup plus sain. Nous ne sommes pas seulement en meilleure forme que nos voisins: notre condition s’est améliorée depuis les dernières fois où nous avons dû passer par là. «Le budget est équilibré avec des ratios d’endettement qui représentent moins de la moitié des niveaux américain et européen. Par conséquent, le risque économique du Canada est de loin inférieur»
Ce qui ne veut pas dire que nous n’aurons aucune conséquence. Une récession américaine va entraîner des contrecoups majeurs au sein du tissu industriel canadien, presque entièrement dépendant des Etats-Unis. On peut s’attendre à une reconversion de plusieurs secteurs économiques, avec des conséquences dramatiques pour des milliers de travailleurs peu qualifiés.
La dépression, quant à elle, est une forme extrême de récession. La croissance y est négative et ce, pendant plusieurs années. En 1930, la crise économique a été amplifiée et est devenue une dépression en raison des solutions maladroites mises de l’avant au début de la crise par les gouvernements en proie à la panique : baisse dramatique de la masse monétaire, fermeture des frontières au commerce, laisser-aller lors des faillites en cascades des banques et des institutions financières. Des millions de travailleurs ont ainsi perdu à la fois leurs gagne-pains et leurs économies. Il a fallu une guerre et la création de centaines de milliers d’emplois dans le secteur de la défense pour sortir l’Occident de la dépression.
Les décisions récentes du gouvernement américain sont la preuve qu’une partie des leçons de la crise de 1929 ont été retenues… mais appliquées trop tard. Elles limiteront les dégâts, mais les dirigeants de cette administration portent le fardeau d’avoir laissé se développer une des pires crises économiques de l’histoire moderne. L’aveuglement idéologique est bien souvent synonyme de bêtise. Nous en avons la preuve, une fois de plus. Cette phrase d’Alan Greenspan prononcée en 2004 évoque à elle seule toute la mauvaise foi – ou la bêtise – d’un homme envers son oeuvre:
“Not only have individual financial institutions become less vulnerable to shocks from underlying risk factors, but also the financial system as a whole has become more resilient.”
Publié par Hérétik 
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