Récessive dépression

9 octobre 2008

On pourrait croire que la fin du monde approche. À lire certains articles, l’Occident est exsangue. Le crédit est tari, alors que celui-ci est la vapeur de la locomotive capitaliste. Nous serions à l’aube d’une nouvelle dépression économique.

De quoi parle-t-on au juste ?

Une récession économique jouit d’une description relativement simple. Lorsque le PIB d’une nation connaît au moins deux baisses au cours de trimestres consécutifs, on peut alors parler d’une récession. La croissance reste positive (supérieure à 0%) mais la courbe s’incline. Concrètement, on assiste à une chute concomitante de la production et de la consommation, composantes essentielles du PIB. Nous assistons aujourd’hui à un tel phénomène.

Le FMI prédit une récession aux Etats-Unis avec probablement deux trimestres de croissance négative fin 2008/début 2009, mais une croissance globale du PIB de 1,6% cette année et 0,1% en 2009. La zone euro ne devrait guère faire mieux, avec 1,3% cette année et 0,2% l’année prochaine. Dans le panorama établi par le Fonds, 2009 sera une année de croissance quasi-nulle en France, nulle en Allemagne ou négative en Espagne, en Grande-Bretagne et en Italie.

Le Canada devrait être globalement moins atteint que les Etats-Unis, en raison de la solidité de sa structure financière et de ses pratiques en matière d’hypothèques.

Notre système bancaire, dominé par un nombre restreint de grandes institutions, est beaucoup plus solide qu’aux États-Unis, où le secteur, et la clientèle, vont subir une importante phase de se consolidation. Notre marché hypothécaire est aussi beaucoup plus sain. Nous ne sommes pas seulement en meilleure forme que nos voisins: notre condition s’est améliorée depuis les dernières fois où nous avons dû passer par là. «Le budget est équilibré avec des ratios d’endettement qui représentent moins de la moitié des niveaux américain et européen. Par conséquent, le risque économique du Canada est de loin inférieur»

Ce qui ne veut pas dire que nous n’aurons aucune conséquence. Une récession américaine va entraîner des contrecoups majeurs au sein du tissu industriel canadien, presque entièrement dépendant des Etats-Unis. On peut s’attendre à une reconversion de plusieurs secteurs économiques, avec des conséquences dramatiques pour des milliers de travailleurs peu qualifiés.

La dépression, quant à elle, est une forme extrême de récession. La croissance y est négative et ce, pendant plusieurs années. En 1930, la crise économique a été amplifiée et est devenue une dépression en raison des solutions maladroites mises de l’avant au début de la crise par les gouvernements en proie à la panique : baisse dramatique de la masse monétaire, fermeture des frontières au commerce, laisser-aller lors des faillites en cascades des banques et des institutions financières. Des millions de travailleurs ont ainsi perdu à la fois leurs gagne-pains et leurs économies. Il a fallu une guerre et la création de centaines de milliers d’emplois dans le secteur de la défense pour sortir l’Occident de la dépression.

Les décisions récentes du gouvernement américain sont la preuve qu’une partie des leçons de la crise de 1929 ont été retenues… mais appliquées trop tard. Elles limiteront les dégâts, mais les dirigeants de cette administration portent le fardeau d’avoir laissé se développer une des pires crises économiques de l’histoire moderne. L’aveuglement idéologique est bien souvent synonyme de bêtise. Nous en avons la preuve, une fois de plus. Cette phrase d’Alan Greenspan prononcée en 2004 évoque à elle seule toute la mauvaise foi – ou la bêtise – d’un homme envers son oeuvre:

“Not only have individual financial institutions become less vulnerable to shocks from underlying risk factors, but also the financial system as a whole has become more resilient.”


Le peuppe

9 octobre 2008

Le peuppe, c’est un concept difficile à décrire. Pourtant, de nombreux politiciens en Occident s’en réclame. On parle en son nom, on définit des politiques en fonction de ses besoins, on lui parle même directement. Mais qui compose le peuppe ?

Le versant masculin du peuppe est composé exclusivement de vrais mâles. Ils aiment leur bière froide, du hockey à la télé et un bon steak dans leur assiette. C’est le proverbial Joe Six-Pack des Américains. Pour lui, rien de compliqué. C’est toujours blanc ou noir, oui ou non. Dès que ça dépasse trois syllabes, on vient de le perdre. La politique, c’est une perte de temps. Les politiciens sont des voleurs, de toute façon. Il vote toujours pour le gars qui parle direct, qui dit les vraies affaires.

Le côté féminin du peuppe, c’est la fille de Laval/Brossard/Charlesbourg. Ni belle, ni laide, juste désespérément ordinaire. Elle est une fervente des téléréalités, dont elle collectionne les produits dérivés. Elle passe des heures dans les grandes surfaces à magasiner avec des copines. Habituellement, elle sort avec un gars du peuppe. Ils se comprennent très d’ailleurs très bien. La politique ne l’intéresse pas. Si elle vote, elle choisit celui qui a la plus belle apparence à la télé.  

Le peuppe n’aime pas beaucoup les changements. Ça l’enrage de voir ses émissions préférées être bousculées par des émissions d’affaires publiques ou les Olympiques. Par contre, il raffole de la radio, qu’il écoute en allant travailler le matin, seul dans sa voiture. Il a une job qui lui paye ses factures, mais qu’il trouve plate quand même. Il se sert du gros bac bleu devant sa maison, mais quand c’est trop compliqué, il sacre ses cartons dans les vidanges, pareil.

En fait, le peuppe, c’est moi, vous, tout le monde. Nous sommes le peuppe quand nous agissons contre nos convictions, par paresse ou lâcheté. Parce que vivre à la hauteur de l’idée que nous avons de nous même est impossible. Et ça, les politiciens le savent très bien.

Le peuppe, c’est le pire de chacun de nous.


Le shérif et l’enfant

9 octobre 2008

Une nouvelle série propose par la Presse aujourd’hui relate des cas de rédemption chez des jeunes contrevenants. On retrouve les textes ici, ici et ici. Dans la même édition, des experts se prononcent sur la proposition conservatrice de légiférer pour amener les jeunes contrevenants accusés de crimes graves devant les tribunaux pour adultes.

La meilleure façon d’assurer la sécurité du public n’est pas de jeter les jeunes auteurs de crimes violents en prison, mais de les réhabiliter, ont tenu à dire hier cinq intervenants qui travaillent au quotidien avec de jeunes criminels. Le modèle québécois a fait ses preuves: les jeunes qui passent par les ressources de réhabilitation ont un taux de récidive qui varie entre 25 et 35%. En comparaison, les méthodes très répressives, comme les boot camps qui existaient il y a quelques années en Ontario, affichaient un taux de récidive de… 100%.

Envoyer un jeune en prison, c’est la meilleure façon d’en faire un criminel endurci. Il va sortir à l’aube de la trentaine, pas de diplôme et habitué à la survie en milieu carcéral. Pensez-vous vraiment qu’il s’agit d’un gain pour la société ?

Cette promesse inconsidérée des Conservateurs est une autre illustration des valeurs rétrogrades qu’ils défendent.

Ainsi, tout jeune de 14 ans ou plus reconnu coupable d’un crime grave, comme le meurtre ou l’agression sexuelle, serait passible d’une peine plus lourde. Cela pourrait aller jusqu’à la prison à vie en cas de meurtre. Aussi, M. Harper veut que le nom des jeunes de 14 ans ou plus reconnus coupables d’un crime violent ne soit plus protégé et qu’il soit rendu public.

Alors, voudriez-vous qu’un ado aille en prison ?