Le 4e pouvoir

10 octobre 2008

On a beaucoup fait état de la performance maladroite, voire pathétique de Stéphane Dion au cours de la fameuse entrevue réalisée pour la chaîne CTV. Son anglais est pauvre, soit. Mais pourquoi CTV a décidé de mettre en onde cet interminable blooper ? Selon la version libérale, la chaîne de télé avait accepté de ne pas diffuser ces images.

Le même jour, le plus important quotidien du pays prend officiellement le parti des Conservateurs.

An election rarely offers perfect choices. Voters are called upon to sort through a catalogue of inputs — issues, policies, past records, regional affiliations, personalities, etc. — in casting their ballots. On balance, Mr. Harper remains the best man for the job in the tough times now upon us. He deserves if not four more years, at least two more years. By all logic, he should be cruising to an easy majority. That he is not, and has proven incapable of holding north of 40 per cent in public support, will hopefully persuade him to be mindful of the penalty he pays for failing to address these two persisting anxieties.

Est-ce que je vous ai mentionné que les deux médias font partie du même groupe de presse ? CTV GlobeMedia. Il s’agit d’une propriété majoritaire de la famille Thomson, qui détient un méga holding de presse (télé, radios, journaux, agence de presse), en plus d’activités connexes. David Thomson, président du groupe, est l’homme le plus riche du pays, avec un patrimoine évalué à 22 milliards de dollars.

Depuis 2007, ce groupe est aussi devenu propriétaire de CHUM ltd. permettant à CTV GlobeMedia de devenir le plus puissant groupe de presse au pays. Les audiences devant le Bureau de la compétition et le CRTC n’ont laissé filtrer que très peu de détails quant à la transaction, phénomène surprenant considérant la taille de la nouvelle entité. La demande est passée facilement. La Canadian Broadcasting Corporation a toutefois émis ce mémoire lors des audiences.

The resulting entity would have an unprecedented scope and scale in the Canadian broadcasting system, which would grant it an undue competitive advantage and have a significant adverse effect on other broadcasters, such as CBC Television, in both the advertising market and in the programming supply market.

The transaction would result in a concentration of ownership which would have an unacceptable impact on the plurality and diversity of voices in English Canada and would directly conflict with the Commission’s common ownership policy for conventional television stations.

The proposed valuation of the transaction is incorrect and the proposed distribution of tangible benefits is inappropriate.

Je n’en tire aucune conclusion. Ceux qui pensent que je vais déchirer ma chemise me connaissent mal. Plusieurs couches de cynisme m’ont rendu imperméable à l’indignation. Nous assistons simplement à la convergence de vues entre un puissant groupe de presse et un parti politique. Ça nous permet de mieux comprendre la couverture médiatique de cette campagne.

Et de nous interroger sur ce qui reste de l’indépendance de la presse.


Blanche-neige et les six twits

10 octobre 2008

La sortie familiale des élus et candidats de Québec fait couler beaucoup d’encre à Québec aujourd’hui.

D’ailleurs, au cas où l’extrême discrétion des candidats ne suffirait pas, les conservateurs ont aussi décidé de ne pas présenter de plate-forme régionale. Qui donc remarquerait qu’ils avaient passé cinq longues semaines à parler de leur bilan? Pour tromper l’ennui, les damnés journalistes n’avaient qu’à recopier les communiqués mal traduits de l’anglais, que sécrète en abondance le siège du Parti (…)

Mais qu’à cela ne tienne. À défaut de programme régional et de candidats visibles, les conservateurs ont conçu la théorie du «porteur de ballon». Un étrange concept qui stipule que leurs députés défendront les projets «priorisés» par les gens d’ici.

Autrement dit, l’élu se présente comme une espèce de valise muette dans laquelle on peut mettre ce que l’on veut, avec l’assurance que le contenu aboutira à Ottawa. Bref, ce n’est plus une campagne électorale, c’est un concours du meilleur service de messagerie.

Leur ridicule sortie publique, pendant laquelle Verner parlait alors que les autres écoutaient, était surréaliste. Pendant qu’elle clamait parler au nom du peuppe, 500 de ses représentants criaient dehors.

Les Conservateurs font aussi l’objet d’une plainte en raison de l’abondance des messages de télémarketing reçu par les électeurs potentiels. Le principe est toujours le même : un message enregistré nous invite à voter pour le candidat Conservateur, ou encore à aller au meeting public qui aura lieu cette de fin de semaine au Centre de foires. Mauvaise idée. Il risque d’y avoir plus de monde à l’extérieur avec des pancartes que dans l’édifice même.

Je laisse le mot de la fin à Gilbert Lavoie.

«Ce n’est pas agréable sur le terrain, c’est parfois épouvantable», a confié un militant, sous le sceau de l’anonymat. Selon lui, Josée Verner devrait s’en sortir, mais les Sylvie Boucher, Luc Harvey et Daniel Petit seront chanceux s’ils survivent. Quant à Myriam Tas chereau, ce serait un «miracle» si elle devait gagner, a ajouté le même informateur.

Ailleurs au Québec, les stratèges conservateurs admettent que leurs espoirs dans des régions comme Rimouski, Drummondville ou Trois-Rivières se sont évanouis.


Toundra Blues

10 octobre 2008

Un des avantages de la candidature de Sarah Palin a la vice-présidence des États-Unis, c’est qu’elle nous pousse à mieux connaître le 49e état américain.

Ce qui passionne les habitants de ce drôle d’État en ce moment, c’est le Troopergate. Résumons un peu les faits. Le mari de la gouverneure, Todd Palin, aurait cherché à de nombreuses reprises à faire congédier un membre des forces de l’ordre, dès avant l’arrivée de sa femme à la tête de l’Alaska. Or, ce policier était son beau-frère. Suite à un divorce douloureux, la sœur de Sarah Palin aurait reçu des menaces de la part de son ex-mari.

Devenue gouverneure, Sarah Palin aurait réclamé le renvoi de son ex-beau-frère au chef de la Sûreté de l’État. Devant le refus de celui-ci, elle l’aurait congédié.

Todd Palin talked with over a dozen state officials, many of them repeatedly, in his crusade to get a state trooper fired whom he considered to be a bad cop, a dishonest person and a threat to the Palin family, according to his sworn statement given Wednesday to a legislative investigator.

The 25-page statement from Gov. Sarah Palin’s husband, in response to questions submitted by the investigator, shows that Todd Palin’s efforts started before his wife became governor and accelerated during the first 19 months of her administration.

Todd Palin was waging the campaign against his ex-brother-in-law, State Trooper Mike Wooten, who had divorced the governor’s sister in 2006 and who is involved in an ongoing custody fight.

Devant l’apparence de conflit d’intérêts, l’État de l’Alaska a décidé de mener une enquête officielle, dont les conclusions sont attendues aujourd’hui. Bien entendu, le bureau de la Gouverneure nie tout. Dans un effort de dernière minute, des législateurs républicains ont tenté de faire arrêter la Commission d’enquête à ce sujet, sans succès.

The court Thursday rejected an attempt by a group of six Republican legislators to keep the report into the so-called Troopergate affair from being made public. That made way for members of the bipartisan Legislative Council, which ordered the investigation, to go ahead and pick up their copies of the report. The legislators signed confidentiality agreements promising not to show anyone, including their staff.

La campagne de John McCain a d’ailleurs tenté de faire diversion en publiant son propre rapport. Mais les conclusions du rapport bipartisan produit par l’assemblée de l’Alaska risquent d’être autrement plus dures.

Ms. Palin has denied that anyone told Mr. Monegan to dismiss Trooper Wooten, or that the commissioner’s ouster had anything to do with him. But an examination of the case, based on interviews with Mr. Monegan and several top aides, indicates that, to a far greater degree than was previously known, the governor, her husband and her administration pressed the commissioner and his staff to get Trooper Wooten off the force, though without directly ordering it.

In all, the commissioner and his aides were contacted about Trooper Wooten three dozen times over 19 months by the governor, her husband and seven administration officials, interviews and documents show.

Que doit-on en tirer comme conclusions ? Que cette femme utilise sa fonction pour essayer de régler ses problèmes familiaux. Que son mari utilise la fonction de sa femme pour obtenir ce qu’il veut. Que l’apparence de conflit d’intérêt évident qui découle de toute cette affaire n’a pas influencé le choix de John McCain d’en faire sa colistière.

Circulez, il n’y a rien à voir !

Ajout du 11 octobre: le rapport de la commission de l’État de l’Alaska sur le troopergate.


La haine de soi

10 octobre 2008

Quand on blogue sur des sites politiques ou corporatifs, on tombe souvent sur une faune bien particulière. La plupart des intervenants sont posés, polis. La discussion s’engage parfois, mais il s’agit souvent de monologues. Jusque là, aucun problème.

Il existe toutefois une catégorie de blogueurs bien spéciale : les self-haters. L’emploi de l’anglais est volontaire pour les décrire. Ce ne sont pas des trolls, puisque leurs interventions ne cherchent pas à faire capoter une discussion. Ce sont des individus qui haïssent ce qu’ils sont et qui le crient sur toutes les tribunes. Pour eux, le Québec c’est un des pires endroits sur terre. Bourré de séparatiss, de socialiss, de zartiss, de chiâleux… bref, de tout ce qui forme l’identité des Québécois, dans une version simpliste et caricaturale. Comme s’ils n’en faisaient pas partie. Pour Eux, l’Autre, c’est Nous.   

Vous me suivez toujours ?

On peut critiquer le choix des politiciens ; on peut détester ce que la télé nous propose ; on peut préférer la musique américaine. Mais les self-haters rejettent tout ce que le Québec fait et produit. C’est viscéral. Ils pratiquent l’auto racisme dans sa forme la plus primaire. S’ils n’étaient pas Québécois, on pourrait les traîner devant le tribunal des droits de la personne pour incitation à la haine.

Le Québec n’a pas le monopole des self-haters. On rencontre aussi ce genre d’individus en France ou aux Etats-Unis. Ils sont parfois si violents envers leur propre patrie qu’on se surprend à se demander ce qu’ils y font toujours. D’où mon interrogation. Cette haine si farouche ne cache-t-elle pas un amour blessé ? Leur patrie – qu’ils  aiment – les a-t-elle déçus ?

Les interminables tirades des self-haters provoquent souvent l’incompréhension des autres blogueurs. Qu’est-ce que ce type d’individus cherche à prouver ? Que la vie est meilleure ailleurs ? Généralement, le self-hater n’a pas de point de comparaison. Il se contente d’haïr de toutes ses forces les éléments qui constituent le ciment de son identité. Sa langue, ses racines, sa société. Rien ne trouve grâce à ses sarcasmes.

Je croise régulièrement des self-haters sur les blogues québécois. Et vous, vous en connaissez ?