Dehors, les Conservateurs !

12 octobre 2008

Plus que deux jours. 

Les Conservateurs doivent être battus. Au moins au Québec.

Pas forcément pour des motifs idéologiques, mais parce que cette campagne électorale a été une des plus mauvaises que j’ai eu l’occasion d’analyser, malgré mes cinq ans en sciences politiques.

Je n’insisterai jamais assez sur la médiocrité de la représentation québécoise au sein de ce parti. Des francophones de service, attirés par le pouvoir, et qui se cachent dès que la tempête, qu’ils ont suscitée, commence à souffler. Ou alors qui pètent une coche devant un journaliste. Ou bien cachent un passé de fraudeur.

La députation conservatrice est devenue invisible dès leur élection de 2006 et a décidé qu’en 2008, sa présence pendant la campagne électorale était accessoire. Et si l’un d’entre eux se pointe, comme l’a fait le candidat Luc Harvey dans Louis-Hébert, c’est pour mépriser de façon honteuse son adversaire au cours d’un débat. Ou bien, comme Jean-Pierre Blackburn, c’est pour péter une coche devant un journaliste. On apprend même aujourd’hui qu’un des candidats conservateurs a été condamné en 2005 pour fraude pendant la banqueroute de sa compagnie. Le parti de l’intégrité nous réserve bien des surprises…

Les Conservateurs n’ont qu’eux-mêmes à blâmer. Ils ont décidé du moment, ils avaient l’argent et l’ascendant populaire. Leurs adversaires étaient faibles et divisés. Pourtant, ils s’acheminent vers un autre gouvernement minoritaire. Gaspillage de temps, d’argent et d’idées. La centralisation de la campagne dans un bunker d’Ottawa est emblématique d’un parti replié sur lui-même et coupé des réalités canadiennes et québécoises.  

Je souhaite que Maxime Bernier soit battu, en raison de son incompétence si souvent démontrée. Je souhaite que Josée Verner soit battue, en raison de son insignifiance à la tête de Patrimoine Canada. Je souhaite que Jean-Pierre Blackburn soit battu, en raison de son arrogance et de sa conception paléolithique de la politique. Je souhaite que Michael Fortier soit battu, parce que ce Sénateur a fait la démonstration qu’un non-élu ne devrait jamais avoir accès à autant de fonds publics.

Je souhaite que les Conservateurs disparaissent de la carte électorale québécoise.

Mais je n’ai qu’un vote.

Et je ne voterai pas pour eux.


Qui plante Obama récolte McCain

12 octobre 2008

« La haine équivaut à un reproche que l’on n’ose pas faire à soi, à une intolérance à l’égard de notre idéal incarné dans autrui. »

Emil Cioran (1911-1995)

La campagne présidentielle américaine nous donne une illustration frappante de l’instrumentalisation de la haine politique. L’arme des faibles et des vaincus. Puisque John McCain n’a plus rien à proposer, lui et son pitbull allument l’incendie de la méfiance envers leur adversaire. Méfiance, peur, haine. Le triptyque qui mène à la violence et à la division.

At McCain-Palin rallies, the raucous and insistent cries of “Treason!” and “Terrorist!” and “Kill him!” and “Off with his head!” as well as the uninhibited slinging of racial epithets, are actually something new in a campaign that has seen almost every conceivable twist. They are alarms. Doing nothing is not an option.

Les insinuations sont mesquines, insidieuses voire diffamatoires. Le but est simple : faire appel aux instincts primaires des électeurs. Cette fameuse « base » du GOP qui se méfie du progressisme et, presque par extension, des noirs.

The Republican campaign strategy now involves sending their candidates to areas where everybody is a die-hard McCain supporter already. Then they yell about Obama until the crowd is so frenzied people start making threats. The rest of the country is supposed to watch and conclude that this would be an enjoyable way to spend the next four years.

Les publications néoconservatrices s’en donnent à cœur joie contre l’outsider de la campagne.

But Obama is defined by his indefinability. When I pointed out to my Vermont gals that he lives in a swank pad that was part of some shady real estate deal with a convicted fraudster (Tony Rezko), that he entrusted his daughters’ entire religious education to a neo-segregationist anti-American nut who preaches that the government created the AIDS virus to kill black people (Jeremiah Wright), that he attended fundraisers with a political patron who’s an unrepentant terrorist proud of plotting to blow up young ladies just like them at a dance at the Fort Dix military base (William Ayers), when I pointed all this out, they looked at me as if I’d brought a baseball bat to a croquet match. Mere earthbound politicians are defined by their real estate deals and sleazy buddies, but Obama is defined only by his vibe. As his many admirers in France would say, he has a certain je ne sais quoi. And, if you try to pin down quoi precisely, then they don’t want to sais.

Tout ça sent mauvais. Très mauvais. Quand on sème la tempête, on récolte souvent l’ouragan. Dans cette campagne américaine, nous aurons été témoins de ce que l’Amérique peut faire de mieux, et de pire.


Le permis de reproduction

12 octobre 2008

Récemment sur ce blogue, la question du « permis de reproduction » a été abordée. En juillet 2008, 328 760 ménages vivaient de l’aide sociale, dont 114 658 enfants. L’argument général portait sur l’incapacité des familles pauvres à donner un encadrement suffisant à leurs enfants, qui sont à risque de reproduire les comportements de leurs parents. Décrochage, violence, alcoolisme, toxicomanie deviendraient par conséquent le lot quotidien de ces déshérités.

Le permis de reproduction était perçu comme une solution. L’intention est noble, puisqu’il s’agit de fournir aux enfants les meilleurs outils pour affronter la vie. Pour avoir le droit d’avoir des enfants, certains critères devraient être remplis. Lesquels ? Tout le problème est là.

Un permis de reproduction basé sur le revenu des familles est profondément discriminatoire et ne tient pas compte des qualités d’éducateurs des parents. En privilégiant le riche sur le pauvre, on présume que le premier est davantage habilité à s’occuper de sa progéniture que le second, ce qui est une affirmation bien dangereuse.

Des tests pourraient alors être passés pour les citoyens qui veulent avoir des enfants. Mais ce genre de test est arbitraire. Comment savoir si les futurs parents sont vraiment sincères ? Sans compter que ceux qui ont eu accès à une bonne éducation seront toujours favorisés par ce genre d’interrogatoire.

Une autre solution pourrait être un tirage au sort parmi ceux qui auraient formulé une demande de permis de reproduction. Or, rien ne garantirait que les couples choisis aient les qualités recherchées pour avoir des enfants et on se retrouverait à la situation initiale.

Toutes les possibilités évoquées et toutes les combinaisons possibles risqueraient en outre de sérieusement diminuer la natalité, en raison des embûches. En voulant augmenter la qualité de l’encadrement des enfants, nous aurions comme résultat la diminution des naissances. De plus, la nécessité d’avoir un permis n’empêcherait pas la reproduction illicite. Qu’est-ce que la société devrait faire avec ces enfants nés sans permis ? Les retirer à leurs parents ? Les éliminer ?

Le permis de reproduction est un avatar de l’eugénisme social. Chercher à améliorer les êtres humains avant même leur conception est un rêve totalitaire. Ainsi, à Sparte, les enfants chétifs ou difformes à la naissance étaient éliminés. Platon aussi rêvait d’une reproduction planifiée, en fonction des mérites civique des futurs parents. La science médicale, mise au service de l’idéologie eugéniste, a également sévie au cours de la période nazie et jusqu’à tout récemment en Scandinavie, alors que les malades mentaux étaient stérilisés.

Faire le choix de l’eugénisme social, c’est chercher à contrôler l’essence même de la vie, depuis sa conception jusqu’à sa mort. Établir a priori des critères sociaux qui déterminent les conditions optimales de développement de l’enfance, c’est aller à l’encontre de la base même de la liberté. Je vous propose à ce sujet une réflexion de Jean Rostand, biologiste réputé.

J’ai la faiblesse de penser que c’est l’honneur d’une société que d’assumer, que de vouloir ce luxe pesant que représente pour elle la charge des incurables, des inutiles et des incapables ; et je mesurerais presque son degré de civilisation à la quantité de peine et de vigilance qu’elle s’impose par pur respect de la vie… Quand l’habitude sera prise d’éliminer les monstres, de moindres tares feront figure de monstruosités. De la suppression de l’horrible à celle de l’indésirable, il n’y a qu’un pas… Cette société nettoyée, assainie, cette société sans déchets, sans bavures, où les normaux et les forts bénéficieraient de toutes les ressources qu’absorbent jusqu’ici les anormaux et les faibles, cette société renouerait avec Sparte et ravirait les disciples de Nietzsche, je ne suis pas sûr qu’elle mériterait encore d’être appelée une société humaine