Impression soleil levant

14 octobre 2008

Ça y est, le peuppe s’est exprimé. Il vote d’un Atlantique à l’autre ;-)

Quelles sont vos impressions de cette campagne ? Avez-vous changé d’avis au cours des dernières semaines ? Qui a vous impressionné, qui vous a déçu ?

Je vais mettre à jour ce billet au fur et à mesure qu’un événement digne d’intérêt va se produire. Je compte sur vous pour rendre cet exercice intéressant. Je ne me fais toutefois pas d’illusion, mon blogue est en compétition avec des réseaux autrement plus attractifs. N’hésitez pas à laisser une ligne de commentaires et on pourra vivre tout cela ensemble.

23h40. Bon, on est rendu aux discours. Ça va m’achever. C’était une belle première expérience. Merci d’avoir participé à cet exercice. Je promets de recommencer pendant les élections américaines au début novembre. Restons vigilants, les Conservateurs sont toujours au pouvoir et ils n’ont sûrement pas changés.

23h25. Plusieurs papier dignes d’intérêt sur Cyberpresse. Vincent Marissal, sur le pari perdu de Stephen Harper. Sophie Cousineau m’a volé un punchline ;-) avec son billet sur tout ça, pour ça. Finalement, Yves Boisvert sur les problèmes de Stephen Harper, tant au Québec qu’au Canada.

23h15. Jean-Pierre Blackburn et André Arthur réélus. Dommage. La place de ce genre de clowns est dans un cirque. Ça veut dire que les trois téléspectateurs de TQS vont pouvoir revoir le chauffeur d’autobus moustachu tous les jours. Quant à Blackburn, on pourrait lui proposer le ministère des enveloppes brunes ? Il va y exceller.

23h05. Que doit-on penser de tout ça ? Le Bloc maintient ses acquis, avec même une petite augmentation de ses sièges. Les Libéraux sortent affaiblis de ce scrutin. Les Conservateurs restent les gagnants, même si le triomphe est modéré par un autre gouvernement minoritaire. Quel impact ce résultat pourrait avoir ? Les Libéraux n’aiment pas les perdants et je pense que Stéphane Dion vit sur du temps emprunté. Les Conservateurs ont progressé, mais ce n’est pas ce qu’ils espéraient. Ils seront sûrement tentés de repartir en élection, mais je crois que ce serait un piège. Les électeurs ne voudront pas retourner aux urnes pour une quatrième fois en cinq ans. Le leadership de Stephen Harper est intact, mais un autre demi-succès n’est pas envisageable dans son cas. Quant au néo-démocrates, ils demeurent une force nationale, mais minoritaire. Ce sont toutefois eux – avec le Bloc – qui détiendront la balance du pouvoir. Je crois que nous sommes mieux de nous habituer aux gouvernements minoritaire…

22h46. MINORITAIRES ! Harper a perdu son pari ! Me voilà tout soulagé… comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, Michael Fortier a perdu ! C’est Sir Seb qui va être content ! Les Conservateurs sont passés à un cheveu d’avoir leur majorité. Nous l’avons échappé belle, mais la leçon a été rude.

22h45. Le Bloc a gagné ou mène dans 47 comtés. Les Libéraux sont un peu plus forts que prévus, mais dans l’ensemble, ils demeurent marginaux. Apparemment, deux ans, ce n’est pas assez pour changer l’opinion des gens.

22h25. Tout ça pour ça ? La situation commence drôlement à ressembler à 2006. Même Verner a été réélue. C’était prévu, mais j’aurais aimé qu’elle parte. Les Conservateurs sont en avance ou ont gagné dans 10 comtés et le Bloc dans 45. La région de Québec risque de rester bleue. Dans mon comté, la conservatrice invisible est en avance. Misère. Seul réconfort, Luc “imbécile” Harvey risque de perdre son siège.

22h10. Mais c’est Maxime The Zipper ! wow quelle entrevue poche. Qu’il retourne se cacher derrière les tentures du Parlement. Au moins, on a pas à l’entendre…

22h00. Bon, on vient d’apprendre que les Conservateurs vont former le prochain gouvernement (si la tendance gnan gnan gnan). On ne sait pas encore s’ils seront minoritaires ou non. Mais je mettrais un ti-deux que oui.

21h50. Ils viennent d’interroger Elisabeth May. Je comprends pas un traître mot de ce qu’elle dit.

21h35. Les résultats commencent à entrer. Les Libéraux affichent 17 sièges contre 10 pour les Conservateurs. Ceux-ci comptaient beaucoup sur les Maritimes, qui sont restés fidèles aux Libéraux. Le scénario de gouvernement minoritaire commence à se profiler.

21h15. Coudonc, les micros des panelistes de Radio-Canada ne marchaient pas pendant les 15 premières minutes. Comique. Apparemment, ils savent déjà les résultats des Maritimes, mais ils peuvent rien dire. Cette élection va se décider très tard, je le sens…

20h55. Un papier intéressant sur Cyberpresse sur la possibilité d’un autre gouvernement minoritaire. Est-ce que la Gouverneure-générale pourrait refuser une nouvelle dissolution de la chambre ? Inviter les partis de l’opposition à former un gouvernement ? On pourrait réunir tout le monde autour d’un feu de camp à Rideau Hall et faire roche papier ciseau ?

20h30. Radio-Canada indique que les résultats seront disponibles à partir de 22h. Donc, environ 1h30 avant de savoir si nous revenons à la case départ.

20h00. Il y a des luttes que je vais surveiller. Mon propre comté, bien entendu, ou la bloquiste va tenter de défaire la député conservatrice. Je vais aussi surveiller de près le pays de mes ancêtres, le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Je souhaite sincèrement que Blackburn soit battu ! J’avoue que si Fortier mordait aussi la poussière, ma soirée serait complète !

19h30. Je viens d’écouter les émissions pré-électorales diffusées par RDI et LCN. Sur la première, des analyses et un aperçu des moyens techniques mis de l’avant pour réaliser une soirée des élections. Sur la seconde, Lévesque, Larocque et Lapierre s’écoutent parler en s’admirant dans le kodak.

18h45. Josée Verner n’a pas voté pour un membre de son parti. Elle a voté dans Portneuf, là où les Conservateurs ne proposaient pas de candidat. Je mettrai un petit deux qu’elle a opté pour le gros chauffeur d’autobus moustachu.


La destruction créatrice

14 octobre 2008

Connaissez-vous Joseph Schumpeter ? Cet économiste de la première moitié du XXe siècle fait partie des plus illustres penseurs du capitalisme. Il a mis le premier en évidence le rôle de l’innovation comme moteur principal du dynamisme capitaliste. Les choix risqués faits par les entrepreneurs dans des conditions difficiles sont ainsi perçus comme la base même des progrès du système. C’est ce qu’il nomme la destruction créatrice.

Capitalism, then, is by nature a form or method of economic change and not only never is but never can be stationary. And this evolutionary character of the capitalist process is not merely due to the fact that economic life goes on in a social and natural environment which changes and by its change alters the data of economic action; this fact is important and these changes (wars, revolutions and so on) often condition industrial change, but they are not its prime movers. Nor is this evolutionary character due to a quasi-automatic increase in population and capital or to the vagaries of monetary systems, of which exactly the same thing holds true. The fundamental impulse that sets and keeps the capitalist engine in motion comes from the new consumers, goods, the new methods of production or transportation, the new markets, the new forms of industrial organization that capitalist enterprise creates.

Le capitalisme connaît des cycles, parmi lesquels on retrouve la croissance, la crise et la reprise. Les crises ne sont pas analysées comme des accidents, mais comme une conséquence normale et intrinsèque au système lui-même. Les innovations surviennent en grappes, au cours des périodes de crise, permettant à l’économie de retrouver sa vigueur productive et stimulant la consommation, jusqu’à l’atteinte d’un nouveau point de rupture déflationniste.

La crise financière actuelle peut être analysée de cette façon. Dès la fin des années 1990, les innovations dans le marché immobilier ont été mises en place, notamment grâce à la dérégulation du secteur financier. De nouveaux produits ont été commercialisés dans le secteur de l’hypothèque et des assurances. La masse de capitaux ainsi libérés, conjugués au maintien de faibles taux d’intérêts, a contribué à la croissance exponentielle des secteurs immobiliers et boursiers. Or, la valeur du crédit ayant dépassé très largement la valeur des actifs, le marché connaît une contraction majeure et douloureuse. Nous sommes actuellement dans cette situation.

En se fiant à Schumpeter, de cette crise sortiront les innovations qui permettront à l’économie capitaliste de retrouver sa vigueur et reprendre sa croissance. Or, l’intervention massive de l’État pour sauver les entreprises financières en faillite semble correspondre à une autre intuition du maître autrichien.

Schumpeter ne pense pas qu’un changement révolutionnaire soit plausible, mais estime que le capitalisme se sclérose progressivement de l’intérieur, pour des raisons sociologiques et culturelles, au fur et à mesure que des majorités démocratiquement élues choisissent de mettre en place une économie planifiée accompagnée d’un système d’État-providence et de restriction des entrepreneurs. Le climat intellectuel et social nécessaire à l’esprit d’entreprise et d’innovation, et donc à l’apparition d’entrepreneurs, décline et finit par être remplacé par une forme ou une autre de socialisme, encore plus sclérosant. Les gouvernements ont alors notamment tendance, pour être populaires, à développer l’« État fiscal » et à transférer le revenu des producteurs vers les non-producteurs, décourageant l’épargne et l’investissement au profit de la consommation, ce qui crée une pression inflationniste croissante. Dans toutes décisions, les gouvernements démocratiquement élus ont alors tendance, pour garantir leur réélection, à privilégier le court terme au détriment du long terme.

Alors, est-ce qu’on se dirige vers l’économie planifiée, quand la plus grande puissance au monde nationalise une partie de son économie ? Le système capitaliste a-t-il les ressouces nécessaires pour se renouveler 


La voie de la raison

14 octobre 2008

Alors que la campagne électorale canadienne s’achève et que les présidentielles américaines arrivent dans leur dernier droit, certaines conclusions peuvent déjà être tirées. Les ressemblances entre les deux événements ne sont pas claires à première vue, mais si on s’attarde un peu aux détails, des évidences apparaissent.

La crise économique majeure que connaissent les places financières mondiales a eu un impact marqué sur les deux campagnes électorales. Elle a mis au pied du mur les organisations conservatrices et républicaines. Prisonnières de leur vision non-interventionniste, les deux organisations ont du, dans la foulée, improviser des plans d’aide généreux qui tranchaient avec leur première attitude de laisse-faire. En reniant ce qui constitue la base même de leur vision économique, les deux organisations se sont discréditées auprès de leurs électeurs les plus marqués idéologiquement, sans pour autant convaincre les électeurs modérés. Comment être assuré que le virage opéré dans l’urgence est sincère ? Cette impasse a été exploitée, tant par les Démocrates que par les partis d’opposition canadiens, qui ont marqué des points en soulignant le manque de cohérence du parti au pouvoir.

Le deuxième point de convergence entre les deux campagnes porte sur les communications. Encore une fois, les similitudes sont frappantes. Tant les Républicains que les Conservateurs ont misé sur deux éléments clés : la méfiance envers les médias de masse et la publicité négative. Le contrôle très centralisé des deux campagnes a également laissé peu d’initiatives aux comités locaux, les privant de toute initiative. Dans le cas canadien, les réactions aux enjeux spécifiques des circonscriptions devaient obligatoirement transiter par le bureau central à Ottawa, alors qu’aux Etats-Unis, l’état-major de John McCain décide de toutes les stratégies. Une telle organisation, si elle permet d’uniformiser le message, n’empêche pas les dérapages et limite la possibilité de faire du damage control. En outre, le manque de coopération avec les médias s’est traduit par un ras-le-bol des reporters affecté à la couverture des campagnes conservatrices et républicaines, qui s’est mis à transpirer dans leurs papiers quotidiens. Quant à la publicité négative, presque courante aux Etats-Unis, elle a atteint des sommets au cours de la campagne canadienne. Or, cette forme de publicité est peu prisée ici, avec pour conséquence un ressac dans l’opinion envers les auteurs des messages agressifs.

Le troisième point de contact entre les deux campagnes est plus subtil. Il s’agit de l’instrumentalisation des divisions préexistantes dans les sociétés canadiennes et américaines. Dans le cas canadien, les Conservateurs ont tout misé sur le monde rural et les petites villes. Ils y ont concentré leurs efforts, jugeant le Canada des régions plus proche de leurs propres valeurs. C’est ainsi que doivent être perçues les décisions controversées sur les programmes culturels et le durcissement des lois envers les jeunes contrevenants. Quant aux Républicains, ils cherchent à soulever l’électorat rural blanc contre un candidat présenté comme élitiste et surtout proche des intérêts des grands centres urbains. Le racisme, plutôt  diffus au début de la campagne, est devenu nettement plus présent au cours des derniers jours, en raison de la mauvaise performance de John McCain.  

Le dernier point de contact entre les campagnes canadiennes et américaines concerne le bellicisme affiché par les Conservateurs et les Républicains. Cette volonté d’en découdre n’est pas uniquement militaire, mais s’observe aussi dans les méthodes politiques. Attaques directes, agressivité du ton, surenchère dans la dénonciation de l’adversaire. La valorisation d’un certain esprit guerrier transpire dans les méthodes électorales. Les discours, tant ceux de McCain que de Harper, trahissent leur respect pour la force, comme outil nécessaire à la politique. Les guerres préventives et le dédain pour les règles fondamentales de la démocratie sont à analyser sous l’angle de la recherche d’une efficacité toute martiale, qui s’encombre peu des règles et des usages courants.     

Ce sont deux visions qui s’affrontent en cette fin d’année 2008. Depuis huit ans aux Etats-Unis et deux ans au Canada, la droite est au pouvoir. Elle a laissé dans ces deux pays des traces indélébiles. Les citoyens savent désormais à quoi s’attendre de tels gouvernements. La gauche, quant à elle, est presque traditionnellement faible en Amérique du Nord. Ce n’est pas ce courant qui mène la charge contre les ténors du conservatisme. C’est le centre qui a retrouvé la voix. Solution pragmatique, non teintée idéologiquement, c’est la voie de la raison.

Je nous souhaite à tous une ère centriste. Pour le bien du plus grand nombre.