J’ai eu la chance, tout jeune, de parcourir la Minganie avec mon père. Au cours d’un été inoubliable, qui a forgé notre relation, nous avons parcouru sur le pouce les centaines de kilomètres qui séparent Québec de Havre-Saint-Pierre. Un autre univers nous attendait là-bas. L’immensité du paysage, les distances impossibles, une végétation rabougrie, des cours d’eau furieux et partout, le silence. Le silence humain, bien sûr, mais une cacophonie naturelle. Animaux, rivières, vent. Un environnement magnifique, aux frontières du monde civilisé et dément que nous connaissons tous.
Comme la majorité des Québécois, j’ignore tout du projet hydroélectrique de la rivière Romaine. Un autre mégaprojet issue d’une entreprise nationalisée un brin mégalomaniaque. Je me suis baigné dans la rivière Moisie (dur à oublier…) mais la Romaine, c’est encore bien plus loin, au-delà de Havre-Saint-Pierre. Un des derniers endroits vraiment sauvage de la province, qu’un éloignement complet des grands centres urbains a préservé. Plus pour très longtemps, désormais.
Je suis partagé. D’une part, j’ai en horreur les interventions étrangères et condescendantes dans une affaire domestique, peu importe qu’elles viennent d’un nobélisé. Ce genre de débats doit se régler entre nous. Mais soyons honnête, nous ne savons presque rien des activités de l’Hydro-Québec et des conséquences de leurs chantiers sur l’environnement. Depuis l’enfance, on nous rabat les oreilles avec les prouesses d’ingénierie de cette « grande entreprise québécoise. » Les barrages de la Manic ou de la Baie James, les lignes de 720Kv, la recherche et développement, etc. Bref, on nous assomme avec l’idée reçue qu’Hydro-Québec est écologique et valorise le développement durable. Je n’aime pas les idées reçues. Est-ce qu’on se désintéresse des projets hydroélectriques parce qu’ils se déroulent dans des endroits éloignés et que leurs conséquences nous sont largement étrangères ?
On évoque la création d’emplois, dans une région qui en a cruellement besoin. On mentionne l’exportation d’électricité et ses importants revenus. On souligne le partenariat avec les communautés innues de la Basse-Côte-Nord. Ces éléments sont apparemment suffisants pour mutiler une rivière et son écosystème. Une énergie verte ? Étant donné la quantité de végétation qui sera détruire pour la produire, je me doute bien que cette électricité aura un goût de chlorophylle. Alors, soutenir ou ne pas soutenir ce projet ? Telle est la question. Parfois, la vraie réussite d’un projet, c’est de s’abstenir de le réaliser.

3 juillet 2009 à 20:31
Euh,
C’est certain qu’il serait préférable que nos besoins en énergie et en ressources n’aient aucun impact environnemental. Mais nul espèce vivante n’a encore réussi ce pari et ce n’est demain la veille que l’humanité y arrivera. En attendant on fait quoi?
Il faut voir les besoins en énergie de façon planétaire sinon continentale. Je préfère de beaucoup que le Québec fasse des barrages et exportent son électricité plutot que de voir pousser des centrales nucléaires ou au charbon au sud de la frontière.
J’ajouterais que La Romaine n’est pas le dernier endroits sauvage de la province. 75% de la province est encore sauvage. Si il y a discours écologique qui ratent sa cible c’est bien celui-ci.
Bien sur que ce barrage aura un impact écologique, mais il sera circonscrit dans l’espace et un nouveau lac ne dérange pas éternellement la faune car elle s’adaptera.
Ceci dit, je préfèrerais savoir que chaque ménage est capable de produire sa propre énergie, sans avoir besoin de compter sur des centres de production centralisés, mais pour l’instant seul l’Homme de l’Antiquité y arrivait en utilisant le feu. Je ne désespère pas mais en attendant je privilégie les solutions les moins pires pour le continent.
4 juillet 2009 à 14:40
En fait, je pensais surtout à la conservation d’énergie. Si nous adoptions tous de meilleures habitudes en la matière, les nouveaux barrages ne seraient pas aussi nécessaires.