Le trou à marde

Je n’ai pas envie de casser du sucre sur le dos de Montréal. D’autres s’en chargent admirablement. Il faut avoir les oreilles bouchées de cire pour ne pas entendre les rires sarcastiques qui fusent quand on évoque la situation de la métropole, dès qu’on a dépassé Drummondville. Certains animateurs de radio de Québec ont d’ailleurs rebaptisé Montréal le « trou à marde », trop contents de prendre leur revanche face à des années d’une supposée hégémonie de la grande ville sur les régions. Tout cela est vulgaire et gratuit. Tellement plus facile de cogner sur quelqu’un qui gît par terre plutôt que de l’aider à se relever.

Les problèmes de Montréal sont trop nombreux pour être entièrement évoqués ici. Morcellement territorial, ghettos linguistiques, superpositions de structures de gouvernements, infiltrations criminelles, etc. Mais surtout, grave déficit de gouvernance. Un leadership fort ne règlerait pas tout, mais au moins, quand il y a un bon capitaine à bord, le bateau a plus de chances d’aller dans la bonne direction, même au cœur d’une tempête.

Je trouve presque indécent que Gérald Tremblay songe à se représenter. Comment peut-il prétendre l’ignorance ? Il faut être d’une bêtise rare pour ne pas avoir senti la température grimper en flèche. Dès la première alarme, il aurait dû prendre des mesures, plutôt que de refermer le couvercle. Un homme politique donne les lignes directrices que doivent suivre son administration. Il ne l’a pas fait. À moins qu’il ne soit complice de ces dérapages. Entre la bêtise et la complicité, je m’étonne que les Montréalais puissent encore lui attribuer des vertus.

Le remplacement de Gérald Tremblay m’apparaît clairement comme la première étape du nettoyage des écuries d’Augias. Pour autant, la candidature de Louise Harel ne m’apparaît pas comme une alternative crédible. Cette politicienne de carrière est trop marquée pour faire consensus. Elle aura à faire face aux même blocages et obstructions politiques que son prédécesseur, probablement aggravées en raison de son passé au Ministère des affaires municipales. Alors ?

Je crois que la solution passe par la nomination d’un médiateur et la mise sous tutelle temporaire de la métropole. Un maire nommé par Québec, avec le mandat de régler les problèmes de fonds que connaît Montréal : proposer un nouveau mode de gouvernance, limitant les paliers de gouvernement et réorganisant la distribution des pouvoirs entre la ville et ses arrondissements ; lancer des enquêtes administratives sur la gestion courante, sur les modes d’attribution de contrats, les rapports avec le secteur privé, etc. Bref, un travail de fond, apolitique, confié à une personnalité forte dénuée d’ambitions politiques, comme un juge à la retraite. Je crois sincèrement qu’on est là, pour le bien de la ville et de tout le Québec.

11 réponses vers «Le trou à marde»

  1. Darwin dit :

    On dirait que les échanges qui ont eu lieu sur la Plaine t’ont donnée l’idée d’y publier tes billets politiques…

    Ton billet me donne l’impression que, de l’extérieur de Montréal, on pense qu’il n’y a que deux partis politiques en lice dans la prochaine élection montréalaise. Or, il y en a trois (en fait quatre)… et tu omets justement celui que j’appuie !

    Quant à la mise en tutelle, c’est drôle, je la verrais davantage pertinente pour Québec… Blague à part, c’est sûr que le dénouement de l’imbroglio administratif passe par Québec. Par contre, il n’est pas du tout nécessaire de mettre Montréal en tutelle pour ce faire, puisque le pouvoir en la matière est déjà à Québec. De même, il est tout à fait possible de mener des enquêtes administrative sans cela. Je frémis d’avance sur les conséquences qu’aurait une telle mise en tutelle, ne serait-ce sur la crédibilité internationale de la ville.

    Quant aux actions apolitiques, j’ai de la difficulté à y croire…

  2. Sombre Déréliction dit :

    Des idées qui font manifestement réfléchir. Il est clair que les choses doivent changer sans quoi Mourial deviendra véritablement un trou à marde!

    Quelle joie de vous voir faire revivre ce petit lieu qui m’a amené tant de petits moments de bonheur!

  3. Déréglé temporel dit :

    “Blague à part, c’est sûr que le dénouement de l’imbroglio administratif passe par Québec. Par contre, il n’est pas du tout nécessaire de mettre Montréal en tutelle pour ce faire, puisque le pouvoir en la matière est déjà à Québec.”

    Je rejoins Darwin sur ce point.
    Une mise sous tutelle? tu n’y vas pas avec le dos de la cuillère! Je vois d’avance le psychodrame politique se dérouler sur plusieurs mois, voire plus, les manifestations, etc…

    Quant aux colons qui traitent Montréal de trou à marde… ils devraient y réfléchir à deux fois. Parce qu’ils ne pourront jamais faire taire cette petite voix qui dit dans les conscience que même quand Montréal va mal et que Québec va bien, Montréal conserve encore davantage de population, de puissance économique et de production culturelle que la Vieille Capitale.
    je vais me faire fusiller pour avoir dit ça, mais c’est vrai.
    (et faut pas croire, hein… je me réjouis que Québec se porte bien. J’aimerais juste que Montréal se porte bien elle aussi, et que tout le monde en profite).

  4. Darwin dit :

    @ Déréglé

    «Montréal conserve encore davantage de population, de puissance économique et de production culturelle que la Vieille Capitale.»

    Selon les données du recensement de 2006, environ 70 % des acteurs du Québec habitent l’Île de Montréal (par rapport à environ 24 % des travailleurs). La proportion est plus élevée que la moyenne dans presque toutes les professions culturelles. Tu as donc tout à fait raison de souligner l’importance de Montréal dans le domaine de la culture.

  5. David Gendron dit :

    Très bien, je viens de m’apercevoir que La Plaine était toujours en route! :)

  6. Cybèle Yves dit :

    La Plaine est comme un mort qui tremble et sursaute avant de rendre son dernier soupir.

  7. Sombre Dereliction dit :

    La Plaine n’a pas dit son dernier mot!

  8. Sombre Dereliction dit :

    Dommage d’avoir été mis en modération, sinon je m’accaparerais bien des dix cases!

  9. Darwin dit :

    Il n’en tient qu’à nous de l’entretenir et de l’arroser ! Avec tes compétences en la matière, au premier et au deuxième niveau, cela devrait être possible…

  10. Jimmy St-Gelais dit :

    Pour moi, toutes ces tergiversations sur une réforme du financement des partis politiques ne mènent qu’à une seul et unique conclusion : il faut proscrire toute intrusion d’intérêt privé dans les affaires publiques et la gouvernance politique. Point final.

    Aucun financement privé de politicien ou de parti politique ne devrait être toléré. Et cela va de soit : les objectifs de quelques uns rentrent inévitablement en contradiction envers les besoins du plus grand nombre.

    Toutes les réformes fantoches, les refontes des lois électorales ou les bonnes intentions ne pourront faire mieux qu’une exclusion pure et simple de la sphère publique et politique de toute interférence privée.

    Lire:

    http://pourquedemainsoit.wordpress.com/2007/07/29/une-loi-vide-de-sens/

    http://pourquedemainsoit.wordpress.com/2008/04/26/pour-en-finir-avec-la-corruption-politique/

  11. Jimmy St-Gelais dit :

    Vous voulez éliminer la corruption à tous les niveaux politiques? Mettez fin à l’ingérence privée.

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